Forbidden de Tabitha Suzuma, l’histoire de ma relecture en français (chronique complétée)

Publié chez Milady – en numérique depuis le 12 juillet – publication papier prévue pour septembre
468 pages
Merci à Milady pour cette relecture. 

« Je refuse de laisser le monde extérieur nous condamner et détruire le plus beau jour de ma vie. Celui où j’ai embrassé le garçon qui hantait mes rêves depuis toujours. Sommes-nous condamnés à nous dissimuler derrière des portes closes et des rideaux tirés ? »

Il ne reste plus grand-chose de la famille Whiteley. Le père a refait sa vie à l’autre bout du monde, la mère essaie d’en faire autant. Elle dépense plus d’argent chaque mois en alcool et en fringues qu’en pension alimentaire pour ses cinq enfants. Dans la débâcle, les deux aînés, Maya et Lochan, seize et dix-sept ans, décident de prendre les choses en main. En effet, si les services sociaux s’en mêlent, ils seront séparés, placés dans des foyers aux quatre coins du pays. Luttant ensemble pour maintenir leur famille unie, ils partagent les mêmes joies et les mêmes peines. Mais peuvent-ils vraiment s’avouer ce qu’ils ressentent l’un pour l’autre ?

AUTRE RÉSUMÉ

Maya et Lochan ne sont pas des adolescents comme les autres. Élevés par une mère alcoolique et instable, ils sont livrés à eux-mêmes et n’ont d’autre choix que d’élever seuls le reste de la fratrie. Forcés de devenir adultes plus tôt que prévu, ils se soutiennent dans l’adversité et finissent par tomber amoureux. Lochan se sent seul au monde, et Maya est la seule à pouvoir le comprendre. Conscient de la monstruosité de cet amour, Lochan est prêt à tout pour bâillonner le désir et les sentiments que sa sœur lui inspire. Mais comment résister alors que Maya a besoin de lui autant qu’il a besoin d’elle ? Est-ce un crime de s’aimer si fort ?

Ah ce livre. Je pense qu’il fait partie de mes tops absolus. Au Panthéon des claques, des larmes, de la révolte et de l’amour. Lu en anglais début 2015, à l’époque rien ne se profilait pour une édition française. Alors j’ai plongé dans l’anglais pour découvrir une histoire forte et même puissante. C’est une expérience qui reste très difficile à raconter, elle se vit, elle se ressent, elle vibre en vous. Sombre, voire pour certaines personnes, dérangeant, nous savons dès le départ que ce que nous allons lire ne nous fera pas de bien. Du mal oui, mais un mal nécessaire. Car il y a des réalités qui se doivent d’être connues, prises en compte. L’histoire que nous raconte Tabitha Suzuma n’a rien d’ordinaire. Vous ne verrez pas de book boyfriend ni de conte de fées. Juste une sinistre vérité d’une famille qui se perd, et de deux adolescents qui s’aiment malgré les interdits, les tabous.

Quand j’ai appris que le livre était publié chez Milady en français et qu’on m’en a proposé la lecture, je n’étais pas bien certaine de le faire. Pourquoi ? Parce que je relis rarement mes livres. Parce que cette histoire vous laisse des blessures qui sont longues à panser. Parce que 2 ans et demi plus tard je me souviens encore du goût du désespoir, de la révolte et de mes larmes. Mais, je mourrais d’envie de savoir si la traduction française rendait justice à ce roman et retranscrivait les émotions de Maya et Lochan. Mission réussie, l’équipe éditoriale de Milady a fait du très joli boulot. Relire le roman me fut difficile. Pas à cause de l’écriture ou de la traduction, mais parce que je savais que je saignerais encore. Pour faire plus simple, je recopie ci-dessous ma chronique de 2015 et je la complète en couleur, pour que vous puissiez bien suivre mon ressenti. En tout cas, si vous lisez en numérique, il est disponible depuis hier à 9,99€, sinon pour le format papier (que j’achèterai) ce sera en septembre.

Forbidden c’est l’histoire d’une romance impossible. Vous allez me dire que c’est commun dans la littérature Young Adult et que de toute façon à la fin, les héros trouvent toujours une solution pour vivre leur amour… Sauf que cette fois-ci la romance est vraiment impossible, et pour cause, les deux jeunes amoureux sont frère et sœur. Frère et sœurs, mais pas seulement. Avec un écart d’âge de seulement 13 mois, les adolescents ont grandi ensemble. Maya considère Lochie comme son meilleur ami, son appui, son âme sœur et Lochan a bien conscience qu’elle est la seule à pouvoir l’écouter, le comprendre. Mais plus encore, Lochan et Maya se retrouvent malgré eux à endosser les rôles parentaux laissés vacants. Si leur père est parti à l’autre bout du monde, leur mère, alcoolique, ne pense qu’à revivre sa jeunesse et ne fait rien pour subvenir aux besoins de ses enfants. Lourde charge pour deux adolescents qui doivent alors se serrer les coudes pour que cette famille de 5 enfants vive correctement. Hors de question de prévenir les services sociaux, ils ne voudront jamais être séparés des deux petits, Tiffin et Willa. Quant à Kit, l’enfant du milieu, il est en pleine rébellion adolescente et provoque son aîné à la moindre occasion. Certes, Forbidden va aborder le sujet le plus sensible certainement dans la littérature young adult mais tout en le plaçant dans un contexte fort.

Le sujet, tabou il faut l’avouer, est porté d’une telle façon qu’on se retrouve à les soutenir, à détester l’injustice qui les empêche de s’aimer, mais attention il ne s’agit pas là de faire l’apologie de l’inceste, bien au contraire. Nous sommes déchirés entre notre envie de voir ces deux âmes sœurs vivre librement leur amour et notre sens moral qui nous dit que non, un frère et une sœur ne peuvent pas s’aimer de cette façon. Lochie et Maya sont partenaires, frères et sœurs, meilleurs amis, amoureux, âme sœur. Ils ont beau lutter de tout leur corps, de toute leur âme, leur amour est plus fort que tout, plus fort que le sens moral, plus fort que la peur de tout faire voler en éclat. Depuis cette première chronique, j’ai eu l’occasion de lire un autre ouvrage sur le sujet, Pardon d’Erika Boyer. Erika n’y traite pas la situation de la même façon et les deux livres restent incomparables. Pourtant il en ressort toujours cette interrogation. Si pour ma part, le tabou est oublié depuis longtemps, je ne peux que me questionner sur l’avenir d’une telle relation. Je ne parle pas de procréer, mais véritablement de s’ancrer dans cet amour et d’accepter les conséquences. Quel courage faut-il ? Dans un monde qui ne supporte pas les différences, comment un frère et une sœur pourraient avoir le droit de s’aimer, et ce, même à l’abri des regards. Et bien entendu je me pose aussi les questions qu’eux même se posent tout au long du roman. Pourtant Maya, elle, a bien du mal à voir le mal dans tout cela, Lochan ayant toujours été tout pour elle…

L’histoire prend place dans un contexte lourd : Lochan qui approche de ses 18 ans est à la charge avec sa sœur Maya, qui a 13 mois de moins que lui, d’une famille de 3 enfants, Kit 13 ans en pleine crise d’adolescence, Tiffin 8 ans et Willa 5 ans. Leur père est parti voilà quelques années maintenant et leur mère est absente, trop occupée à séduire son nouvel amant, à boire et à fuir sa réalité familiale, revivant ainsi la jeunesse dont elle fut privée par sa première grossesse indésirable. C’est donc une famille à la dérive qui avance comme elle peut grâce aux aînés qui, sans broncher, enchaînent écoles, tâches ménagères et obligations familiales, qui gardent le silence sur leur horrible situation de peur de voir leur famille séparée. Lochan, élève brillant, a du mal à s’exprimer en public, est solitaire, n’a pas d’amis. Mais il a Maya, la seule qui le comprenne. Maya, sa sœur, sa partenaire, son âme sœur. Un jour ils se retrouvent tous les deux confrontés à la dure et triste réalité : ils sont sincèrement amoureux l’un de l’autre et rien ne peut changer ça. Mais comment vivre cet amour sans mettre en péril la sécurité de leur famille, sans mettre en péril leur propre liberté et vie ? Lochan qui peine à trouver l’apaisement et à affronter la société se sent très en sécurité avec Maya et même sa famille. Lui qui lutte pour prononcer le moindre mot, pour repousser les filles qui le jugent terriblement séduisant, lui qui est tellement en colère contre sa mère et qui a si peur de l’avenir des enfants… Lochie n’est pas parfait, il peut parfois s’emporter, mais peut-on reprocher ses imperfections à un adolescent qui se retrouve obligé de porter des responsabilités qui n’auraient jamais dû lui incomber ? Quant à Maya, soutien moral de toute la famille, elle encaisse sans broncher, mais perd de sa fraicheur, de sa jeunesse, de sa vie d’adolescente. Leur vie, volée par celle qui la leur a pourtant donnée. 

Les personnages sont très attachants et au sentiment de possible révulsion d’une telle relation succède celui de l’incompréhension, de l’injustice : pourquoi ne peuvent-ils pas vivre heureux, être amoureux comme tout à chacun ? Que font-ils de mal sinon s’aimer ? Il apparaît tellement évident au fil des pages qu’ils ne sont pas que de simple frère et sœur, mais bien plus. On passe par des tas d’émotions en lisant ce livre et on n’en ressort pas indemnes. Il est même difficile d’exprimer ce qu’on ressent tellement les différentes émotions qui viennent sont contradictoires. Touchant, émouvant, bouleversant, torturant, palpitant, tragique, vibrant, interdit… ce livre est une pure merveille qui toutefois n’est pas, selon moi, pour le plus jeune public. C’est fort émotionnellement parlant et la plume de l’auteur nous immerge réellement au sein du dilemme. Elle parvient à nous faire ressentir la moindre émotion des personnages, leurs sentiments contradictoires, nous sommes réellement spectateurs de la scène. Alternant les points de vue (Lochan / Maya) au fil des chapitres nous entrons vraiment dans la romance, dans le mal-être, dans la terreur. Nous comprenons si bien les personnages qu’on a l’impression de les connaître, des les aimer. Et à la seconde lecture, le bouleversement émotionnel demeure présent, plus fort et plus saisissant que jamais. J’ai dû interrompre parfois ma lecture, car la douleur nous serre la gorge. Le vocabulaire français des émotions, de l’introspection, de la colère, etc. est parfaitement employé et cette traduction rend vraiment hommage à l’ouvrage. J’avoue avoir toutefois préféré la version anglaise, mais peut-être tout simplement parce que c’était ma première lecture de cette histoire, la découverte. Même si rien n’est effacé ou amoindri, car nous ne serons jamais épargnés au cours de cette lecture. 

« You’ve always been my best friends, my soul mate, and now I’ve fallen in love with you. Why is that such a crime ? »

Ce livre est un trésor, un bijou. Il est TRÈS difficile, si ce n’est impossible de rédiger une chronique à la hauteur de ce roman, et encore plus dur de résumer tout ce que j’ai ressenti au cours de cette lecture. En version originale comme en français, il incarne la perle littéraire dérangeante à lire absolument pour comprendre que l’amour demeure une notion bien plus complexe qu’il n’y parait.


« Family : the most important thing of all. My siblings may drive me crazy at times but they’re my blood. They’re my life. Without them I walk the planet alone. » Lochan

« Sur les millions et les millions de personnes qui habitent cette planète, il fait parti de la toute petite minorité de ceux que je ne pourrais jamais avoir. » Maya

« Comment un amour comme celui-ci peut-il être qualifié d’affreux s’il ne fait souffrir personne ? » Maya

« J’ai toujours su que je l’aimais plus que n’importe qui dans le monde, et pas seulement comme un frère. Mais je sais que c’est ridicule, et stupide rien que d’y penser. Nous ne sommes pas comme ça. Nous ne sommes pas malades. Nous sommes juste un frère et une sœur qui, il se trouve, sont meilleurs amis. Ça a toujours été comme ça entre nous. Je ne peux perdre ça, je n’y survivrais pas. » Maya


Si vous permettez, voici mon état après cette lecture la première fois

Et la seconde :

 

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27 réflexions sur “Forbidden de Tabitha Suzuma, l’histoire de ma relecture en français (chronique complétée)

    • C’est vrai qu’il ne me semble pas avoir lu d’avis négatifs.
      Il est bien sorti en France, le 12 juillet mais seulement en numérique. Le lancement papier est pour septembre alors si tu ne lis pas en numérique, juste un petit peu de patience 🙂

      Aimé par 1 personne

  1. Pingback: [Let’s talk] La lecture et nos émotions | BettieRose books

  2. Pingback: [Pause Thé] Un dimanche en douceur #24 | BettieRose books

  3. J’ai terriblement envie de lire ce livre, et bien avant sa sortie en VF. Le sujet est tabou, en effet, mais il faut tout de même se dire que cela existe. Je suis une personne ouverte, qui désire lire ce roman ! J’ai vraiment hâte de moi aussi passer toutes les émotions dont tu parles 😉

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    • C’est vrai que ça demande une certaine ouverture d’esprit ou au moins de pouvoir accepter ce que l’on ne peut pas comprendre. C’est un sujet si fort. J’espère vraiment que tu ressentiras aussi tout plein d’émotions, je t’en souhaite une belle lecture en avance.

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  4. Ce roman est un de mes plus gros coups de coeur, j’en suis ressortie en larmes, ce qui ne m’arrive pas si souvent. Lochan m’a particulièrement plu et sa relation avec Maya, tout comme celle avec le reste de la fratrie m’a beaucoup plu et ému. J’aimerais beaucoup découvrir les autres livres de l’auteure, notamment Hurt.

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  5. Pingback: [Pause thé] Un dimanche en douceur #25 | BettieRose books

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