[Chronique] Celle dont j’ai toujours rêvé de Meredith Russo

Publié aux éditions Pocket Jeunesse – février 2017 – 306 pages
Pour devenir celle dont elle a toujours rêvé, Amanda a parcouru un chemin très éprouvant mais c’est l’amour de Grant qui va l’aider à achever sa destinée.

Amanda Hardy arrive dans un nouveau lycée. Comme beaucoup, elle souhaite avant tout s’intégrer. Mais malgré sa popularité, un secret l’empêche de s’ouvrir vraiment aux autres.

Sa rencontre avec Grant remet tout en question. Il est le premier garçon qui parvient à lui faire baisser sa garde. Alors qu’ils passent de plus en plus de temps ensemble, Amanda comprend qu’en se protégeant ainsi, elle passe à côté de sa vie. Elle sait qu’elle doit se faire violence et lui révéler qui elle est vraiment, mais elle est terrifiée à l’idée que cela le fasse fuir…

Celle dont j’ai toujours rêvé est un récit universel sur le fait de se sentir différent, et une fantastique histoire d’amour qui ne laissera personne insensible.

J’avais fait l’acquisition de ce roman en V.O. quelques semaines avant l’annonce de sa sortie en français. Faiblement, peut-être par flemme, j’ai décidé de le racheter en français à sa publication chez PKJ. Pourquoi ? Parce que Pauline Mardoc, qui dirige la collection dont ce livre est issu m’a assuré une traduction de qualité sur ce roman au thème bien particulier. Sachez-le, c’est écrit de toute façon sur la 4e de couverture et ne lisez pas la suite de ma phrase si vous ne voulez pas savoir, c’est une histoire peu ordinaire, mais qu’on devrait tous lire pour comprendre. En effet, Amanda dissimule un secret. Pas qu’il soit honteux, bien au contraire : Amanda s’appelait Andrew et est née garçon. Enfin, biologiquement parlant. Car au fond, Andrew s’est toujours senti fille. Alors oui, quand on met le pied dans cet univers littéraire qu’on nomme LGBT+ (comme la communauté), il faut connaître le vocabulaire adéquat. Je peux vous dire que la traductrice, Noémie Saint Gal, a fait un travail absolument formidable et qu’on sent toute la maitrise du sujet apportée par l’auteure parfaitement respectée ici. Le roman est fluide, sans faux pas ou « gaffe » de vocabulaire et je tenais à le préciser pour tous ceux qui comme moi auraient hésité à lire un roman LGBT+ traduit en français.

Mais Celle dont j’ai toujours rêvé ne peut se contenter de la case LGBT+. Non, il incarne un roman jeunesse puissant, à la découverte de soi et de sa relation aux autres, mais prend la forme également d’une incroyable histoire d’amour. Véritable récit universel, il permet à tous ceux qui souffrent dans leur corps de se comprendre un peu mieux et d’envisager d’en parler. Bien sûr, ici, nous avons Amanda qui a dû subir une opération et prendre des hormones pour devenir enfin c’est qu’elle était. Si Amanda a vécu des choses lourdes dans son passé, Meredith Russo ne va jamais vous entrainer pour autant dans du mélodramatique gratuit. Tous les sentiments, émotions et réactions sont ajustés, parfaitement dosés et maitrisés et le tout forme un roman sublime sur le jugement des autres. Apprendre à respecter les orientations sexuelles de chacun demeure un sujet compliqué de nos jours et il faut savoir qu’aux États-Unis de nombreux homosexuels, trans, inter se suicident chaque année, car ne peuvent recevoir de l’aide. En tant que parents, mais aussi en tant qu’amis, il est important de comprendre le malaise de l’autre. D’ailleurs, Amanda aura fait remarquer sa condition par un geste dramatique. Mais comment en parler ouvertement dans un Monde si réfractaire à tout ce qui sort de la norme imposée par la société ?

Toutefois, le roman n’est pas une ode à la cause LGBT, ni un procès. Il est simplement et majestueusement une ode à la liberté et la vie qu’on mérite. Une ode à tous ceux qui sont beaux à l’extérieur comme à l’intérieur. Avec Celle dont j’ai toujours rêvé, vous n’aurez aucune scène clichée du genre, vous savez comme celles qu’on retrouve parfois dans les romans alors que manifestement les auteurs ne maitrisent pas le genre. Pas de moqueries, du respect, de la vie, de la lumière, de l’amour. Bien entendu, le roman va consister pour Amanda à faire ses débuts dans cette nouvelle vie, ce nouveau lycée. Tout juste « née », elle va devoir apprendre à vraiment être une fille… mais au fond, ne l’a-t-elle pas toujours été ? Au fur et à mesure de sa popularité grandissante, Amanda appréhende la découverte de son secret. Évidemment, la jeune adolescente a bien trop peur du regard des gens une fois qu’ils sauront qui elle était. Les réactions, bien souvent violentes dans ces cas là lui font peur, et à raison, vu ce qu’elle a subi dans le passé. L’histoire nous rappellera aussi le poids des mots et du harcèlement, les insultes homophobes et leur venin. Il vous amènera à réfléchir à l’usage de votre vocabulaire, de vos « taquineries ». Car c’est un véritable appel à la tolérance que lance ici l’auteure.

L’histoire d’amour, douce et naturelle viendra faire vivre une sensation inédite à Amanda. En effet, Grant est un garçon bien, qui lui aussi, cache un secret. Mais peu à peu, il se dévoilera auprès de la jeune femme. Entre eux, nous sentons une confiance forte et des sentiments qui enflent au fil de leurs rencontres. Mais, comment réagira-t-il quand il saura ? C’est là toute la préoccupation de notre héroïne, qui ne souhaite pas non plus perdre ses amies avec qui elle se sent si vivante, si féminine. Enfin, nous aurons une relation parentale mise en lumière d’une manière touchante. Nous comprendrons ce que les parents d’Amanda ont vécu, ce qui a conduit à l’échec de leur mariage et le travail qu’ils doivent faire sur eux pour accepter les faits. D’ailleurs, nous pouvons retenir une phrase révélatrice de la part du père d’Amanda, qui lui explique que ce n’est pas de sa génération. En effet, il s’avère que l’écoute des personnes mal dans leur genre demeure récente et que pour nos parents, ce sont des sujets tabous, honteux. Ne parlons pas du point de vue de la religion à laquelle Amanda adhère pourtant… Mais Dieu, quel qu’il soit, peut-il rejeter un être vivant né par erreur dans le mauvais corps ? De profondes pistes de réflexion sont amenées avec brio et ce roman se dévore en un éclair. Amanda est terriblement attachante et nous avons envie de la voie s’épanouir, s’assumer, être heureuse. Grâce à Amanda, le lecteur peut prendre conscience que le monde est pluriel, mais que l’amour, lui, est universel.

Je terminerai par souligner l’importance du mot de la fin par l’auteure qui invite le lecteur à ne surtout pas prendre l’histoire d’Amanda pour référence. Chaque existence se révèle différente, si pour Amanda, les choses ne semblent pas trop compliquées, certaines personnes connaissent des maux physiques et psychologiques particulièrement horribles. D’autres ne pourront avoir accès aux opérations, très coûteuses. De même, Amanda a la chance de compter sur ses parents, qui s’adaptent du mieux qu’ils le peuvent, par amour. Mais n’oubliez pas que cette réaction est loin d’être universelle et que de nombreuses personnes perdent contact avec leur famille ou leurs amis. Alors que le soutien est important dans ce genre d’épreuve, l’auteure invite à ne pas rester seul-e, à fuir l’isolement social. D’ailleurs, Amanda nous présentera un groupe de parole, qui ne saurait être représentatif de l’ensemble de ces réunions. Son expérience n’est pas réelle, et ce, même si le récit est écrit par une femme trans et que la couverture, sublime, est une photo d’une autre femme trans (Kira Conley). Comme l’auteure prendra le soin de le préciser, elle a romancé les situations. Ce n’est pas une biographie, mais bel et bien un roman young adult.

Un roman précieux et indispensable qui devrait être lu dans les écoles, voilà ce que je retiendrai de Celle dont j’ai toujours rêvé. A l’aide d’une plume sobre et mesurée, Meredith Russo nous fait accompagner une jeune fille dans sa nouvelle identité. Pressions sociales, jugements, incompréhensions s’opposent à la solidarité, l’amour et l’amitié. À Amanda de choisir son arme, aux intolérants de baisser les leurs. Coup de cœur pour cette perle rare et précieuse de la littérature LGBT.

 

« Vous avez le droit d’être trans sans ressembler à votre genre (et ça n’en réduit en rien votre beauté), et le droit d’être trans et de le cacher. Vous avez le droit d’être un homme transexuel. Vous avez le droit de refuser la binarité, de changer plusieurs fois d’identité ou de ne pas être genré-es du tout. Vous avez le droit d’être trans sans jamais en passer par la phase médicale et vous avez le droit de modifier votre apparence par les moyens de votre choix. Il n’y a absolument rien de mal à exprimer votre véritable identité! Vous êtes magnifiques et vous méritez que l’on respecte votre corps, votre identité et vos choix. » Meredith Russo – traduit depuis l’américain par Noémie Saint Gal. 

LGBT : en savoir plus avec Inter LGBT.
SOS : Le Refuge qui accompagne et héberge les personnes en errance.
Consultations psychothérapeutiques : Espace santé trans

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35 réflexions sur “[Chronique] Celle dont j’ai toujours rêvé de Meredith Russo

  1. Je l’ai lu la semaine dernière et il faut que je me décide à rédiger l’article, mais ce livre est tellement une pépite, j’ai pleuré comme une madeleine dessus, il est d’une justesse incroyable ! Incontestablement un des mes YA, si ce n’est mon YA, préféré !

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  2. Un très beau livre effectivement ! ça m’a surprise qu’on ne parle pas plus de la transidentité dedans mais finalement, avec le recul, je me dis que c’est tout aussi bien : montrer que les jeunes gens comme Amanda sont avant tout des ados comme les autres ♥

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  3. Pingback: Coups de cœur « arc-en-ciel » 2017 des bibliothécaires : Celle dont j’ai toujours rêvé, Meredith Russo – Centre de Lecture publique de Mont-de-l'Enclus

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