[Chronique] Une mère de Alejandro Palomas

Publié aux éditions du Cherche-Midi – 16 mars 2017 – 320 pages
Merci à Benoit des éditions du Cherche-Midi pour cette lecture

Le roman qui a enflammé l’Espagne.

Barcelone, 31 décembre. Amalia et son fils Fernando s’affairent en attendant leurs invités. En ce dîner de la Saint-Sylvestre, Amalia, 65 ans, va enfin réunir ceux qu’elle aime. Ses deux filles, Silvia et Emma ; Olga, la compagne d’Emma, et l’oncle Eduardo, tous seront là cette année. Un septième couvert est dressé, celui des absents.

Chacun semble arriver avec beaucoup à dire, ou, au contraire, tout à cacher. Parviendront-ils à passer un dîner sans remous ?
Entre excitation, tendresse et frictions, rien ne se passera comme prévu.

Alejandro Palomas brosse avec humour le portrait d’une famille dont les travers font inévitablement écho à nos propres expériences, et celui d’une mère loufoque, optimiste, et infiniment attachante. Une mère profondément humaine, à qui il reste encore quelques leçons à transmettre à ses grands enfants : au cours de cette longue nuit, secrets, mensonges, non-dits et autres révélations familiales vont éclater.

Prenez place à table. Vous allez être servi !

Quand les éditions Cherche-midi m’ont proposé ce livre, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. Mais le sujet de la mère demeure fascinant alors je me suis dit : pourquoi pas. Pour tout vous avouer, ce n’est pas ce qui m’a le plus motivée à lire ce roman. Non, en réalité je me suis rendu compte que je connaissais très mal la littérature espagnole (et même la culture pour tout avouer). Je me suis dit que si ce livre flirtait avec un humour et des situations à la Almódovar (lui je maitrise un petit peu), ce ne pouvait être que bon. En revanche, jamais je ne me serais attendue à ressentir, finalement, autant d’émotions et voir le reflet de ma propre vie dans certaines situations. Nous savons bien que quand nous nous identifions à un personnage, pas forcément à lui en tant que tel, mais à son vécu, ses sentiments, ses blessures, ses questions, il devient alors difficile de lâcher le livre. Si je ne ressemble en rien à Fer, les interrogations qui le hantent et les cicatrices qui le tourmentent m’ont parlé tellement précisément que j’ai refermé ce livre en ayant l’impression de faire partie de cette famille. Une famille où personne ne sait se dire les choses, mais qui ne manque pas d’humour !

En me lançant dans ce roman, je n’ai pas relu la 4e avant, voulant me laisser porter par l’histoire. Je savais que l’intrigue prenait vie lors du réveillon du 31 décembre et que s’asseoir à cette table serait quelque chose d’assez intense. Ainsi, j’ai ouvert le livre, j’ai pris place autour de la tablée et j’ai appris à connaitre cette famille cabossée, avec une mère, certes loufoque et en dehors des réalités, mais tellement attachante qu’on voudrait presque rester chez elle. Amalia a 65 ans et a quitté son mari. Depuis elle vit seule dans un appartement avec son chien Shirley. Elle a une très bonne amie, Ingrid, qui lui met tout un tas d’idées comiques dans la tête. De plus Amalia ne dispose pas vraiment de filtre quand elle parle, elle n’a pas de limites et ses discours peuvent vite tourner au drame, choquant et vexant les uns les autres. Le plus drôle reste sûrement sa confusion des mots. Mais elle est comme ça, notre mère. Et ce soir, 31 décembre, pour une fois, toute sa famille sera réunie autour de la table : son frère Eduardo, ses enfants Sylvia, Emma, Fernando et la compagne d’Emma, Olga. Préparez-vous pour les révélations intenses, les moments émouvants, les pieds dans le plat et une longue nuit de cheminement autour de l’amour d’une mère.

L’humour s’avère omniprésent au cœur du roman, véritable comédie déjantée et fascinante. Nous apprenons à connaître chacun des personnages via Fer, notre narrateur et nous comprenons que les situations cocasses ou même dramatiques semblent courantes dans leur famille. Une famille que l’auteure va d’abord nous présenter sous ses aspects les plus burlesques, commençant par les retrouvailles et la plongée dans l’alcool de la fête. Et puis les langues se délient, les secrets se dévoilent, des dossiers très lourds tombent sur la table. Et notre Amalia qui toujours nous semble à l’ouest ou à côté de la plaque. Fragile enfant qui s’est libéré de son plus pesant fardeau et qui pose un regard aimant sur chacun de ses propres descendants. Mention spéciale pour l’oncle qui nous fera mourir de rire avec sa révélation à lui ! Osée, mais hilarante quand on analyse les réactions autour… surtout celle d’Amalia !

Mais l’auteur ne se contente pas de nous faire rire avec cette famille peut-être pas comme les autres. Bien au contraire. Nous sentons que tout cela a aussi pour but de décortiquer et analyser chaque membre de la tribu pour comprendre ce qui cloche en eux et entre eux. Finalement, l’humour, la dérision forment un parfait bouclier. Et cette famille est comme beaucoup de familles : incapable de se dire les choses. Pèsent également les poids des fantômes de cette table, les gens dont on ne parle pas pour ne pas heurter les uns ou les autres ou parce qu’il ne reste plus rien à dire. Fernando va nous raconter les histoires de chacun, leurs relations, les débâcles, leurs caractères et aussi évoquer son père. Sujet sensible, douloureux auquel le jeune homme souhaite se confronter pour comprendre et affronter sa propre existence. Mais n’est-il pas aussi important d’apprendre à connaitre celle qui reste toujours là pour lui ? Sa mère, Amalia. Même si elle nous apparait totalement loufoque, elle n’en garde pas moins un regard bienveillant et des conseils pour chacun des siens, et accepte avec amour les choix et les échecs, les décisions et les belles nouvelles. Amalia s’avère incroyablement touchante et sa force, son empathie envers ses enfants sont bouleversantes. Elle sait comment s’y prendre dans les situations de crise et se révèle presque héroïque derrière sa façade déjantée.

Nous vivons alors un réveillon pas comme les autres, dans cette famille espagnole très attachante. Les traditions, qu’elles soient collectives ou personnelles, sont touchantes et l’histoire de l’absent ne pourra que nous atteindre, nous ébranler. De même que l’épreuve de Fer qui m’a remuée comme jamais. Ses questions sont si percutantes et émouvantes. L’auteur nous montre donc son habileté à passer du tragique au comique et vice versa et nous offre une histoire dans laquelle nous nous sentons bien, chez nous, en confiance. Dommage que nous n’ayons pas plus pu faire connaissance avec Ingrid, elle semble valoir le détour ! Une mère vous fera ressentir tout un tas d’émotions, mais surtout, vous rappellera l’importance de notre mère dans notre vie et que, même si elle n’est pas celle que nous aurions souhaité, elle sera toujours là pour nous! Et si elle n’est plus là, comme la propre mère d’Amalia, tentez la méthode de cette dernière. Elle pourrait fonctionner avec vous. Touchante, cette comédie familiale mérite qu’on s’y intéresse.

Derrière une magnifique couverture vitaminée et colorée se cache une comédie familiale hilarante et déjantée, tournant autour d’une mère loufoque, mais simplement humaine. Un réveillon, tout le monde se réunit et les secrets, non-dits et rancœurs explosent. Reste à rassembler l’amour nécessaire à cette fresque familiale unique. Drôle et touchant à la fois, à découvrir pour passer un excellent moment. 

28 réflexions sur “[Chronique] Une mère de Alejandro Palomas

  1. Bonjour,

    Je vois la couverture et je me dis, tiens on dirait du Almodovar ! Et là je vois les petites lignes en bas de couv’
    Du coup, Almodovar j’aime beaucoup alors je vais peut être me laisser tenter par cette histoire familiale 🙂
    Bonne journée

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    • Ah oui ? Moi j’adore, c’est coloré, et pétillant. Mais nous sommes bien d’accord que les goûts et les couleurs 🙂
      J’ai arrêté de me fier aux couvertures récemment. J’achète même si j’aime pas. J’achète pas juste si j’aime. Ahah. Bon c’est pas toujours facile. Mais tu vois par exemple j’ai acheté Cocky bastard alors que je n’aime pas du tout la couverture. Et j’ai résisté à je ne sais plus quel roman (tu vois à quel point il m’a marqué) qui avait une couverture magnifique mais donc le sujet ne m’intéressait pas plus que cela.

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  2. Tout comme toi, de la culture espagnole je connais surtout Almodovar, d’ailleurs la couverture m’y fait penser, avec une arrière image Frida Kalho qui s’imprime sur ma rétine, c’est assez drôle. Ton avis m’intrigue, j’ai bien envie de découvrir ce roman, merci Bettie 🙂

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  3. J’avais vu ce livre sur NG, et j’ai vraiment hésité à le demander, mais j’en avais reçu 5 juste avant et je me suis dit que ce n’était pas du tout raisonnable (j’ai une PAL à faire baisser, moi ! ). J’aurais peut-être dû finalement, parce qu’il n’a pas l’air si mal…

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