[Chronique] Les larmes de la liberté de Kathleen Grissom

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Publié aux éditions Charleston – 7 février 2017 – 464 pages
Lu dans le cadre de mon aventure Lectrice Charleston 2017
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resume« L’écriture lyrique de Kathleen Grissom est riche en détails historiques, et ce roman peut être lu soit comme une histoire indépendante inoubliable, soit comme la suite captivante de La Colline aux esclaves. »
Publishers Weekly

 

En 1810, James Pyke, 13 ans, fils d’un planteur et d’une esclave, fuit sa Virginie natale. Vingt ans plus tard, le jeune homme, qui a toujours caché le secret de ses origines, a intégré la haute société de Philadelphie et vit une passion avec une ravissante aristocrate, Caroline. Mais celle-ci tombe enceinte et, rapidement, son père menace James.
C’est alors que Pan, serviteur et petit protégé du jeune homme, est enlevé et vendu comme esclave en Caroline. James décide de partir à sa recherche. Pourtant, dans cette Amérique sudiste impitoyable, il sait que sa tête est toujours mise à prix. Parviendra-t-il à sauver Pan au péril de sa vie ? Retrouvera-t-il Caroline, son grand amour et la mère de son enfant ?

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Après vous avoir parlé de l’histoire de Lavinia et de Belle, il était temps de vous présenter James et Pan. James est un personnage présent dans La Colline aux Esclaves, mais alors enfant. À la fin de ce premier roman, James se voit contraint de fuir sa Virigine natale où il a été élevé comme les Blancs. En effet, bien qu’enfant d’une esclave et d’un planteur, James a la peau suffisamment blanche pour intégrer la haute société de Philadelphie. Même si le passé peut resurgir à tous les coins de rue et s’il lui a fallu du temps pour en arriver là, il jouit d’une existence confortable. Mais tandis qu’il entretient une liaison avec une aristocrate qui n’est pas libre, cette dernière, Caroline, tombe enceinte. Arrive alors entre les mains une preuve des origines de James qu’il ne veut absolument pas voir dévoilé au grand jour. Si dans certains états l’esclavage est révolu, ce n’est pas le cas partout et la tête de James est toujours mise à prix par ses précédentes relations. Toutefois, quand le jeune Pan qu’il a pris sous son aile il y a quelque temps est enlevé et probablement vendu comme esclave, James va devoir affronter son passé et ses pires craintes, revenir sur ses terres natales, dans une Amérique sudiste qui n’a aucune pitié et se bat pour garder ses esclaves. Pourra-t-il sauver Pan ? Que lui en coûtera cette expérience ? Et que vont alors devenir Caroline et l’enfant qu’elle attend ? Une chose est certaine : James part pour une nouvelle aventure dont nous ne revenons jamais totalement indemnes.

 

Bien évidemment, vous l’aurez compris, le thème principal de ce roman est l’esclavage et la ségrégation. Au fil des pages, l’auteure nous présentera les conditions de vie intolérables dictées par la couleur de peau. Mais pour James qui a l’apparence d’un blanc, les choses sont encore plus complexes… si quelqu’un apprend qu’il est le fils d’une métisse esclave, il sera alors traité comme les noirs, car c’est le sang qui coule dans les veines qui semble prendre le dessus sur tout le reste. Bien entendu, le lecteur ne pourra qu’à nouveau être révolté des traitements infligés aux personnages, qu’ils soient principaux et que nous les croisions juste un instant. Sans jamais aller dans la surenchère, Kathleen Grissom trouve les mots justes pour nous mettre en colère, nous faire pleurer sur ces sorts et se demander pourquoi. Bien qu’aucune pitié ne soit recherchée au travers des mots, mais plus une quête de vérité, nous ressortons profondément émus et bouleversés du périple qui attend nos personnages. Quel plaisir d’ailleurs de retrouver Sukey et quels moments intenses nous passons avec cette femme. Bien entendu chaque destin est important et touchant, mais ceux qui nous rappellent le premier roman La Colline aux esclaves vont particulièrement nous émouvoir. Même si, encore une fois, les deux livres peuvent se lire séparément, il serait dommage de se priver de la beauté de La Colline aux Esclaves surtout pour mieux comprendre le comportement de James.

 

James. Ce petit garçon au rôle bien particulier. Celui qui découvrit très tardivement la vérité sur sa mère et son père et qui a dû fuir la colline où il grandissait. Alors que le destin prend un tour particulier, il doit faire un choix : préserver les apparences ou sauver Pan. Car il apparait évident que le petit garçon adorable a été vendu pour ces plantations de Virginie. James, courageux, et qui n’oublie pas ce qu’il a pu voir va alors partir dans une longue quête à travers le pays. Mais au-delà de sauver un enfant, c’est aussi lui-même que James va sauver et surtout, ce parcours a l’âge adulte jouera véritablement un rôle de quête identitaire pour le jeune homme. Né d’une manière, élevé d’une autre pour les caprices d’une Blanche, James a toujours appris à haïr les Noirs. Pourtant, quand il arrivera à Philadelphie, c’est un Noir et personne d’autre qui lui tendra la main : Henri. Alors comment pourrait-il refuser d’aider Henri à retrouver son enfant. Henri, le père de Pan, est également un personnage très attachant. Il a une philosophie de vie bien à lui et tout ce qu’il veut c’est être libre, notion élémentaire de la vie humaine. Mais nous sommes encore dans une époque profondément raciale et le parcours sera semé d’embûches. Quant à James, il pourrait bien devoir affronter les pires démons de son existence.

 

Moins dur, moins sombre et peut-être un peu moins émouvant que La Colline aux esclaves, Les larmes de la liberté offre un regard particulièrement intense sur les conditions de vie des esclaves et même des noirs libérés. Nous sommes alors déjà dans une certaine évolution, celle d’un pays qui se divise, celle d’une guerre impitoyable visant à déterminer qui l’emportera sur des questions pourtant purement humaines. Et, nous lecteurs, tout comme notre auteure, savons bien où nous en sommes aujourd’hui. Même si nous avons parfois du mal à y croire, cette réalité devient authentique sous la plume affutée et majestueuse de Kathleen Grissom qui nous peint un portrait plus que réaliste d’une situation dramatique. Nous ne pouvons revenir en arrière, mais nous nous devons au moins de connaître ce pan de l’histoire, bien trop peu enseigné à l’école. Car finalement c’était il y a si peu de temps que nous ne pouvons que nous sentir concernés, émus et bouleversés par de telles atrocités. Un beau parcours, une belle suite qui montre l’évolution, pourtant encore bien légère, des États-Unis face à l’esclavage. Enfin, l’auteure a conservé dans ce roman, ce qui faisait déjà sa force dans le premier : l’alternance narrative qui va aussi se jouer sur le style. En effet, en fonction de l’éducation, de l’âge et du milieu de ses personnages, la narration change et s’adapte à merveille et même sans lire le nom du protagoniste en haut de chapitre nous reconnaissons tout de suite qui nous raconte son histoire au moment précis.

 

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Après La colline aux esclaves, Kathleen Grissom nous offre Les larmes de la liberté où nous retrouvons alors certains personnages rencontrés précédemment. Le monde évolue, mais les conditions sont encore bien rudes dans un pays divisé. C’est un récit fondamental et bouleversant que nous avons ici la chance de lire, un incontournable. S’il s’avère moins sombre et moins poignant que le précédent, il n’en perd pas pour autant de sa splendeur et de son impact émotionnel.
5flamantscoupcoeur

 

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Mon avis sur la première page du roman
« Une réussite absolue, une écriture magistrale, un coup de coeur »

14 réflexions sur “[Chronique] Les larmes de la liberté de Kathleen Grissom

  1. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? 77 | BettieRose books

  2. Dans ce roman, je me suis beaucoup attachée à Pan, j’adore son prénom. J’ai tellement aimé ce livre, je suis contente que ça ait été ton cas avant moi 🙂 Je regrette la part de romance un peu trop présente à mon goût, mais sinon j’ai beaucoup aimé retrouver les personnages de La Colline aux esclaves ❤

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