[Chronique] La séparation de Dinah Jefferies

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Publié aux éditions Charleston (Poche) – Janvier 2017 – 464 pages
Lu dans le cadre de mon année Lectrice Charlestonlectrice charleston

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La destinée tragique d’une mère et de ses filles, cruellement séparées

Malaisie, 1955.
Lydia Cartwright vient de rentrer chez elle après avoir passé du temps auprès d’une amie malade. Mais la maison est vide, les serviteurs sont partis, et le téléphone a été coupé. Où est donc passé son mari, Alec ? Et ses deux petites filles, Emma et Fleur ?Désespérée, la jeune femme contacte l’employeur de son mari et apprend qu’Alec a été muté ailleurs. Pourquoi ne l’at-il pas attendue ? Pourquoi n’a-t-il pas laissé de message ?
Elle se lance alors dans un périlleux voyage à travers la jungle en guerre, sans se douter que des milliers de kilomètres la séparent de sa famille. Forcée de se tourner vers Jack Harding, un homme qu’elle avait juré de ne plus revoir, elle va tout faire pour retrouver ses proches.
Mais sera-t-elle capable de supporter la trahison de ceux en qui elle avait confiance ?

Un grand destin de femmes, de la Malaisie à l’Angleterre des années 1950

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Avant de devenir lectrice Charleston, je dois avouer que je ne me souviens pas avoir entendu parler de ce roman. Pourtant, nous sommes ici sur la version poche de l’œuvre de Dinah Jefferies. C’est bien simple, ce récit m’a fascinée du début à la fin, tout en me faisant passer par des tas et des tas d’émotions. Des émotions si bien décrites qu’elles viennent nous renverser, bouleverser, chambouler. Et puis, je l’avoue aussi, la guerre civile de Malaisie demeurait, pour moi, une étrange inconnue, du genre « vaguement entendu parler ». Mais, vous le savez, je considère la lecture comme de la culture, on apprend, on s’enrichit et La Séparation fut tout à fait ce genre de roman. Même si mon cœur s’est serré à de nombreuses reprises, même si j’ai eu peur en même temps que Lydia ou si j’ai eu beaucoup de peine pour sa fille, Emma, j’ai vraiment adoré vivre cette aventure à leurs côtés et faire un cheminement fascinant au travers d’un pays alors en guerre, mais au combien unique ! Je retiens un point très important de l’écriture de notre auteure : sans pitié, elle n’épargne pas ses personnages et son récit n’en devient que plus réaliste. Ne cherchant en aucun cas à ménager son lecteur, elle peut en un instant faire plonger ses personnages dans l’horreur. Mais, nous lecteurs, avons toujours une longueur d’avance sur Lydia, femme abandonnée à la recherche de ses enfants, car en alternance avec les épopées de Lydia, nous avons le quotidien nouveau et confortable de la jeune Emma qui ne comprend pas bien pourquoi elle se retrouve loin de sa mère, en Europe et qui ne croit pas vraiment en son père.

Tout commence quand Lydia s’absente quelque temps pour aller au chevet d’une amie malade. Le contexte est compliqué dans le pays, mais Lydia jouit d’une certaine sécurité liée au poste de son mari. Lorsqu’elle revient chez elle, le personnel a été congédié, et surtout, toutes les affaires des filles et de son conjoint ont disparu. Suivant le peu de pistes qu’elle a, dans cette jungle sanguinaire et sans pitié, Lydia décide de rejoindre ses filles. Ce qu’elle ignore c’est qu’elle n’est pas sur le bon chemin et que de mensonge en mensonge, elle va suivre de fausses pistes, la conduisant même à des épreuves horribles qu’elle n’aurait pas dû vivre. Mais Lydia, mère aimante, est prête à tous les sacrifices pour retrouver sa famille, tout du moins ses enfants, car il ne sera pas fait de mystères quant à l’échec de sa relation avec son mari. Lydia va donc devoir trouver des alliés dans sa quête, qui la poussera en dehors de ses limites et de son confort, véritable chemin et parcours de vie inattendus. Pendant ce temps-là, Alec, lui, a embarqué ses enfants en Europe, les arrachant à leur mère. Sans scrupules, il mentira à ses filles. Mais Emma n’est pas dupe et s’interroge. L’enfant qui devient femme s’identifie à sa mère et le manque n’en est que plus saisissant. Emma en reste persuadée, jamais sa mère ne les aurait abandonnées ! Notre petit garçon manqué, bien vite nostalgique de la Malaisie, va tenter de trouver des idées pour enfin être sur la piste de sa mère. Mais quand un père contrôle le moindre mouvement et que le pays concerné est en guerre, il devient aisé de faire croire au pire. Où puiser de l’espoir dans ce nouveau mode de vie qui ne lui plait pas ?

Nous allons donc compatir à la souffrance d’une mère et de son aînée, séparées par les kilomètres, mais surtout par les mensonges. L’autre petite fille est encore bien trop jeune pour comprendre ce qui est en jeu et sera par conséquent plus mise en dehors de l’histoire. Chaque chapitre alterne les points de vue et situations d’Emma et de Lydia et c’est un contraste saisissant entre les deux femmes. Alors que Lydia risque sa vie à chaque instant en suivant de fausses pistes pour retrouver ses enfants, Emma, elle, est à l’abri en Angleterre, mais s’ennuie à mourir de sa mère et de la diversité du pays. Heureusement notre pauvre Lydia trouvera du soutien, mais à aucun moment l’auteure ne viendra l’épargner. Certaines scènes, situations cruelles et violentes auxquelles elle devra faire face, nous arracheront même des larmes. Les mots de Dinah Jefferies sont justes et percutants et saluons aussi le travail de traduction, car nous parvenons à nous placer dans un contexte horriblement sanglant et stressant sans aucune difficulté. Les pertes de Lydia seront les nôtres et nous serons bien souvent admiratifs face au courage qu’elle montre.

Ne comptez pas vous ennuyer dans ce roman, l’auteure vous réserve de multiples rebondissements et des actions sans fin. Toutefois, un temps sera accordé à la beauté du pays, de l’amour et de l’espoir. Même si le contexte s’avère rude, l’auteure nous peint un tableau magnifique de la Malaisie. C’est un très bel hommage au pays qu’elle nous offre et raconter cette histoire de guerre permet aux gens, qui comme moi n’en avaient pas une grande connaissance, de mieux comprendre les enjeux. Mais ce n’est pas pour autant qu’elle tombe dans le récit purement historique. Non, dans ce roman, tout tourne autour de nos deux femmes, la mère et la fille et leur quête pour se retrouver. Emma, si jeune doit porter un lourd fardeau et en aucun cas elle ne pourra compter sur son père. Cet homme ment comme il respire et même si les raisons nous seront données, elles restent impardonnables. Après, n’oublions pas que nous nous situons au cœur des années 50 et que le mode de fonctionnement d’un couple n’est en aucun cas comparable à notre modernité. L’homme dirigeait et choisissait… mais avait-il besoin d’imposer cette cruelle séparation ? À vous de vous forger votre propre opinion en dévorant ce roman fascinant et rempli d’émotions. Une très belle découverte qui nous marque bien plus qu’on ne pourrait s’y attendre. Lydia restera longtemps dans mon cœur et si une mère doit correspondre à une définition, alors c’est sans aucun doute celle de Lydia, celle de l’amour et de l’espoir, de la quête sans fin et du dévouement.

Ma phrase qui figure dans le livre : Une histoire magnifique sur l’amour maternel mais aussi sur la Malaisie

enbref

La Séparation incarne le genre de roman qui vous reste longtemps à l’esprit. Riches en émotions et sentiments profonds, rebondissements et interrogations, les aventures de Lydia nous entrainent au cœur d’un pays en guerre et état d’urgence et nous découvrons alors les tenants et aboutissants du conflit. Fascinant et touchant, préparez les mouchoirs et à ne plus vouloir lâcher votre livre.

MANOTE

17/20

4flamants

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21 réflexions sur “[Chronique] La séparation de Dinah Jefferies

  1. Comme tu le sais, je suis justement en train de le lire. Comme toi, je ne connaissais pas l’histoire de la guerre civile malaise, et j’aime apprendre grâce aux livres, ça me rend curieuse et me donne envie de me renseigner sur plein d’événements historiques ! Je sens que ce roman va beaucoup me plaire 🙂

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  2. Je l’ai dans ma PAL depuis fiouf, un moment au grand format des éditions Presses de la Cité et ce n’est qu’avec la sortie poche que je me penche vraiment dessus et que j’ai vraiment envie de le lire 🙂 en plus, je n’ai pas encore lu de critiques négatives !

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  3. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #73 | BettieRose books

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