[Chronique] La chimiste de Stephenie Meyer – Brillant Retour ?

lachimiste

Publié aux éditions JC Lattès – 23 novembre 2016 – 600 pages
Merci à Netgalley et JC Lattès pur cette lecture

resume

Dans l’une des agences les plus secrètes du gouvernement américain, Alex est appelée « La chimiste » pour sa capacité hors normes à savoir faire parler les criminels. Mais détentrice d’informations trop confidentielles, l’agence va vouloir sa mort et vite…
Après quelques mois, son ancien responsable lui offre la chance d’effacer la cible qu’elle a dans son dos. Une dernière mission… une dernière trahison ?
Elle se prépare au combat le plus difficile de sa vie mais un homme que tout devrait éloigner d’elle va bouleverser toutes les logiques, toutes ses certitudes…
Comment alors survivre à une chasse à l’homme quand on n’est plus seule à devoir se protéger ?

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Hier soir, j’évoquais sur Twitter ma lecture de La Chimiste, le dernier roman de l’auteure si connue pour sa série Twilight et expliquais qu’il m’avait manqué « un petit quelque chose ». J’ai eu largement le temps de cogiter et je viens donc vous délivrer mon avis sur cette lecture qui finalement m’aura surprise, mais dans le bon sens. Si j’avais lu ce livre à l’aveugle, jamais je n’aurais pu l’attribuer à Stephenie Meyer. Pourtant, on retrouve une certaine qualité de plume. Bien que Twilight fut largement critiqué (ce à quoi on s’expose quand on a trop de succès), je dois avouer avoir vraiment aimé les 2 premiers tomes, que j’avais alors dévorés en quelques heures. Fidèle à son schéma, Stephenie nous offre une jolie brique de 600 pages haletantes et addictives. Difficile de lâcher le roman, l’auteure signe donc un retour en force, aussi brillant que sa chimiste préférée.

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Alex n’est pas une jeune femme ordinaire. Du moins, elle n’en a plus vraiment l’air, ou peut-être même qu’elle ne l’a jamais été. Brillante chimiste et médecin, elle fut recrutée très tôt par une agence secrète du gouvernement pour ses capacités hors-normes. Des aptitudes qui demandent un détachement énorme et beaucoup de maitrise : Alex crée des sérums ou gaz en mesure de produire différents effets sur les êtres humains. Aucun témoin ne lui résiste. N’allez pas croire qu’elle aime incarner une femme cruelle ou mauvaise. Non, c’était juste son métier ! C’était, oui, car depuis elle représente la cible à abattre et ne cesse de fuir depuis quelques années. Solitaire, paranoïaque, elle change de ville et de nom au gré de ses mouvements. Incapable de faire confiance à qui que ce soit, le monde entier lui apparait comme un piège. Pourquoi ? Parce qu’elle détiendrait une information trop importante, plus importante même que ses compétences et habiletés professionnelles exceptionnelles. Quand on avance avec une cible dans le dos en permanence, on ne rêve que de liberté et de vie normale. Alex ne veut plus avoir à sécuriser chimiquement les endroits où elle se repose. Alors quand son ancien responsable, qu’elle croyait aussi son un ami, lui propose de rempiler et d’effacer l’ordre de l’abattre, elle hésite. Surtout que ce dernier a placé un argument auquel elle ne peut résister, il touche son point faible : son humanité. Elle « s’engage », tout en se demandant si cette mission incarne un piège ou un réel danger à mettre hors d’état de nuire. Sur son chemin, elle va rencontrer un homme qui pourrait bien changer toutes ses certitudes et toucher ses faiblesses, sa sensibilité… Mais un deuxième gars entrera dans l’équation, d’une toute autre manière. Que va-t-elle bien pouvoir faire de celui qu’elle désire désormais protéger ? Comment s’allier à ce second homme qu’elle ne peut supporter ? Le trio semble voué à avancer dans la même équipe, qui n’est pas forcément celle qu’Alex imaginait…

Stephenie Meyer le confirme à la fin du roman, elle adore Jason Bourne et son histoire se retrouve injectée d’influence du genre. Sans pour autant copier ou parodier l’histoire de Bourne, l’auteure signe ici un thriller façon espionnage et course contre la montre ne connaissant que peu de temps mort ou de répit. De l’action mais aussi beaucoup de réflexions et de stratégies viennent ponctuer un récit riche en retournements de situations ou évènements… aléatoires. Ainsi, le lecteur embarque aux côtés d’un trio bien mal assorti, mais dont les compétences associées pourraient garantir leur survie. À condition de mener leur barque où il est prévu et de faire tomber les bons pions. Course à la liberté, recherche d’anonymat, planques, lieux de transit, nuit dans des voitures, dissimulation de visage, isolement, voilà le quotidien de nos 3 fugitifs s’ils veulent sauver leur peau. Pour Alex, aucun souci, ceci est déjà son quotidien. Pour Kevin, le monsieur muscles, mais très intelligent de l’histoire, pas de difficultés non plus, il dispose de plans et de refuges pour toutes situations et urgences, surpréparé à ce combat. Entre Alex et lui, l’ambiance est sombre et chacun rêve de sauter à la gorge de l’autre. Mais ils vont bien devoir coopérer s’ils espèrent rester en vie et protéger celle de Daniel, qui lui… est juste un type ordinaire et n’a rien à voir dans l’histoire. Ou presque (pas de spoiler).

Le trio de personnages va constituer le point fort du roman, peut-être même plus que l’intrigue de fond. Commençons donc par parler de chacun d’eux et de leurs caractéristiques (en laissant des surprises) pour mieux les comprendre. Juliana, alias Alex, mais cela pourra changer bientôt, n’a toujours vécu que pour son travail. Ne s’étant jamais trop posé de questions, exécutant les ordres avec détachement et prenant en compte les terroristes allongés sur sa table de torture chimique, elle vit sans aucun remords ou presque. Elle s’en veut d’avoir cru qu’elle pourrait s’en tirer et éprouve une rancœur énorme envers son agence. Paranoïaque à l’extrême, elle peut réagir au quart de tour et dispose d’un impressionnant arsenal chimique qu’il ne vaudrait mieux pas croiser. La Alex que nous rencontrons apparait plus comme un robot en fuite que comme un être humain. Empathie, sensibilité ou autres sentiments positifs ne peuvent faire partie de son vocabulaire, de son quotidien et de sa vie. Condamnée à l’isolement, elle ne s’attendait pas à se voir déstabilisée par Daniel. Daniel incarne l’homme parfaitement ordinaire. Plutôt séduisant, il n’a pas pour autant confiance en lui et apparait presque naïf. Professeur et divorcé, il reste un citoyen lambda. Et pourtant, il va se retrouver entre les griffes d’Alex sans bien comprendre pourquoi. Sous le charme de la jeune femme impitoyable, il décèle ce qu’elle-même ne sait plus trouver : son humanité. Pourrait-il l’aider ? Et si elle cède, va-t-elle devoir assurer sa protection à lui en plus de la sienne propre ? C’est alors que débarque un tas de muscles qui a toujours un plan ou un coup d’avance, Kevin. Grossier, il déteste la chimiste et lui fait bien remarquer. Mais les 3 héros/antihéros ne vont pas avoir d’autres choix que de collaborer dans cette quête si particulière. Bien entendu, cela donnera lieu à des joutes verbales plutôt amusantes, ce qui viendra attendrir un peu l’atmosphère si tendue dans laquelle ils vont évoluer.

Le premier petit défaut que j’ai noté se trouve dans la construction même des personnages. S’ils sont impeccablement étoffés, travaillés et dotés d’une psychologie propre, l’un d’entre eux nous apparait presque comme trop parfait, alors que les deux autres pourraient presque être clichés. La limite est fine, pas dépassée, mais vraiment sur le fil. C’est pourquoi je mets une légère réserve sur ce point, car des lecteurs moins indulgents pourraient être gênés par cela. Pour autant, cela ne m’a absolument pas empêché de m’attacher à ces 3 personnages et d’apprécier leurs interactions et les liens qui se créent, flagrants, mais beaux. Le second bémol va à la relation Daniel/Alex : si elle nous apparait comme évidente et inévitable, il m’a manqué un peu d’émotions et de sensualité. Nous ne pouvons pas nier que Daniel sait exprimer les choses au contraire des deux autres et même si l’heure reste grave tout au long du roman, une pause « sentimentale » aurait pu nous sembler la bienvenue. Toutefois, nous pouvons aussi souligner la capacité de l’auteure à n’être pas trop tombée dans la facilité d’une romance qui va bien et qui assure l’attachement. Ici, même si romance il y a, elle ne sera jamais en avant, la survie et l’atteinte du but demeurent les seuls éléments déterminants de l’histoire. N’oublions pas que La Chimiste s’inscrit dans le genre thriller.

D’autres personnages m’apparaissent comme importants à souligner, car ils jouent un rôle incroyable dans cette histoire : les chiens. Oui, vous avez bien lu. Des chiens parfaitement dressés pour protéger, évacuer ou combattre qui vont nous suivre tout au long du roman et auxquels on va alors s’attacher presque plus qu’à notre trio de bipèdes. L’éducation canine y sera brièvement évoquée, mais nous comprenons que toute leur vie, ces chiens ont juré fidélité à leurs maîtres et qu’ils sont prêts à tout pour les sauver. Cela peut apparaitre comme « dérisoire », mais croyez-moi ils contribuent grandement au bon déroulé des étapes vers le but ultime.

L’intrigue quant à elle, et qui se tient, rappelons-le, sur 600 pages, reste parfaitement crédible. Les histoires d’agents secrets et de complots possèdent toujours ce petit quelque chose qui nous fait dire qu’après tout, c’est bien possible et nous pourrions presque ressentir la paranoïa d’Alex comme notre propre peur de ce qui nous est caché. Alex nous présentera certaines affaires sur lesquelles elle eut l’occasion de travailler et ça reste vraiment à glacer le sang. Toutefois, l’auteur ne creuse jamais dans la surenchère à ce sujet là, laissant librement le lecteur se concentrer sur l’intrigue principale, les différents liens entre les personnages impliqués, les méthodes de chacun et comment leur collaboration opère. Stephenie Meyer nous offrira quelques frayeurs et suspens insoutenables qui scelleront notre addiction et nous éprouverons alors des difficultés à laisser tomber notre lecture. Globalement, j’ai malgré tout ressenti un léger « manque » de « quelque chose », mais je pense qu’il s’agit tout simplement de ce que j’évoquais un peu plus haut : certains sentiments pas assez marqués, un personnage presque trop parfait et qui accepte les choses bien trop facilement. En revanche, si les héros masculins semblent plutôt séduisants, et l’héroïne relativement jolie, ce ne sont absolument pas des critères que Stephenie mettra en avant, laissant alors parler les sens, les compatibilités, les caractères. Construire une histoire d’amour ou d’amitié sans jouer sur le physique s’avère une belle réalité et surprise de ce roman. Une auteure qui sait donc se renouveler et signer un livre absolument différent, mais tout aussi fascinant.

enbref

Retour réussi pour l’auteure qui signe ici un ouvrage totalement différent de ce qu’elle a pu faire. Si quelques petites choses sont trop faciles ou trop parfaites, le suspens n’en est pas moins à son comble et l’intrigue palpitante. Avec des personnages très différents, mais très attachants, le lecteur est embarqué dans une sordide histoire de pouvoir. Mais rien ne saurait résister à la plus brillante des chimistes qui est plus déterminée que jamais à en finir.

MANOTE

16/20

J’ai longuement hésité entre 14, 15 ou 16. Ces trois notes équivalent à 4 flamants chez moi, les 3 flamants commençant pour les 13 et en dessous. Concrètement avec le recul, la vraie note serait 15,5. Oui, je sais je chipote alors j’ajuste au-dessus. Car si ce livre n’est pas exempt de défauts, j’ai malgré tout passé un très bon moment. Un peu plus d’émotion et un brin d’authenticité auraient suffi à me faire monter la note.

4flamants

24 réflexions sur “[Chronique] La chimiste de Stephenie Meyer – Brillant Retour ?

  1. Certaines facilités, c’est vrai, mais j’ai été très agréablement surprise par la qualité de ce roman ! J’avais lu Twilight, mais sans en garder de véritables souvenirs. Par contre, j’avais eu un gros coup de cœur pour Les âmes vagabondes, beaucoup plus abouti et intense ❤ ! Pour ce qui est de La chimiste, il se classe très bien, ç'aurait pu être un petit coup de cœur. Une bonne lecture dans l'ensemble 🙂 !

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  2. Une chronique très détaillée et intéressante à lire 🙂 !! J’ai survolé quelques passages pour garder la surprise car je pense lire ce roman ayant adoré Twilight plus jeune et dernièrement Les âmes vagabondes qui fut un gros coup de cœur !^^

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  3. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #64 | BettieRose books

    • Oui très différent mais très bien joué. Elle s’assure ici de conquérir un nouveau public qui n’aura pas forcément lu Twilight. Pas facile de sortir des cases une fois qu’on est dedans. Si on prend l’exemple de JK Rowling, ce qu’elle a écrit sous son pseudonyme masculin fut victime de bien des critiques souvent étayées par des comparaisons avec l’autre univers de l’auteur… Dure la vie d’auteur.

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  4. Je ne sais pas si je me laisserais tenter.. Comme toi, j’avais bien aimé les premiers tomes de Twilight (c’est le quatre qui m’a atterrée, faisant trop « fanfiction » à mon gout où tout se finit bien comme par magie..) et ce sont les films qui m’ont fait retourner ma veste tant ils sont clichés.
    Mais, à vrai dire, ce qui me fait le plus peur, c’est la thématique même du roman. J’ai du mal à accrocher à l’univers dans le résumé, donc je n’ose pas du tout me lancer.. A voir donc :/

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    • Comme toi, c’est surtout le dernier livre que je n’avais pas du tout aimé. Et je te rejoins totalement sur les adaptations ciné. Encore, le premier pouvait passer mais alors les autres, outch. Des navets ^^
      Ici tu ne reconnais pas l’univers Twilight, donc c’est vrai que si la thématique ne te tente pas et que le résumé ne te parle pas, je pense que ce n’est pas la peine. Même si on apprécie un auteur on ne peut pas aimer forcément tous ses livres après tout ^^

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  5. C’est bien que S. Meyer soit passée à un autre genre que ce qu’elle écrit d’habitude ! Beaucoup de fans l’attendaient au tournant avec ce titre, et je suis contente qu’elle s’en sorte plutôt bien car j’avais bien aimé « Les âmes vagabondes ». Merci pour ton intéressant avis 🙂

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    • Oui elle était très attendue, mais je crois qu’ici elle signe un livre destiné à un autre public, peut-être plus mature (pas d’offense) qu’avec Twilight. Je sais pas si je m’exprime bien mais voilà, ce retour est réussi et tant mieux 🙂

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  6. J’ai également passé un très bon moment avec ce livre : j’ai aimé son côté sombre, calculé et le fait qu’il me rappelle davantage « Les âmes vagabondes » que « Twilight ». Par contre, je l’ai trouvé un peu trop prévisible : dès le départ, on sait que ça ne peut que bien finir…

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