[Chronique] Bettý de Arnaldur Indridason

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Publié aux éditions Métailié Noir – 2011 – 206 pages

resumeDans ma cellule je pense à elle, Bettý, si belle, si libre, qui s’avançait vers moi à ce colloque pour me dire son admiration pour ma conférence. Qui aurait pu lui résister… Ensuite, que s’est-il passé ? Je n’avais pas envie de ce travail, de cette relation. J’aurais dû voir les signaux de danger. J’aurais dû comprendre bien plus tôt ce qui se passait. J’aurais dû… J’aurais dû… J’aurais dû…
Maintenant son mari a été assassiné et c’est moi qu’on accuse. La police ne cherche pas d’autre coupable. Je me remémore toute notre histoire depuis le premier regard et lentement je découvre comment ma culpabilité est indiscutable, mais je sais que je ne suis pas coupable.

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Il me semble vous avoir déjà expliqué que mon mari et moi éprouvions une sorte de fascination pour ce pays si particulier qu’est l’Islande. Pour ma part, j’ai eu la chance d’y aller une fois et mon mari y est retourné cette année. La fascination n’a fait qu’augmenter. Beaucoup de gens ont une vision très réduite de l’Islande et cela se comprend. Insulaires, les Islandais ne livrent pas leurs secrets si facilement. Mais l’Islande, si elle s’avère sauvage et difficile à dompter, offre également de merveilleux spectacles. Quant à la politique, si nul n’est parfait, l’Islande garde au moins une longueur d’avance sur de nombreuses choses et une ouverture d’esprit qui fait rêver. Évidemment, aucun pays ne peut prétendre incarner le rêve, chacun présente ses défauts. Quand vous lisez un peu de littérature islandaise, vous en prendrez conscience. Les auteurs n’en peignent pas un portrait tentant, mais plutôt sombre. Il faut dire que le climat est rude, très rude et que vous pouvez voir les quatre saisons défiler en quelques heures à peine. Arnaldur Indridason est un romancier bien connu pour les enquêtes policières de son personnage Erlendur Sveinsson. Je pense qu’à ce stade il est utile de préciser que le taux de criminalité est très bas sur l’île et que par conséquent, la population adore ce genre de récits « inédits » pour eux. Enfin, n’oublions pas que l’Islande est le pays où on lit le plus.

Après cette introduction au pays et à l’auteur, venons-en au livre. La narration se fait du point de vue de notre personnage principal qui réside en cellule pour des interrogatoires. L’ambiance, glacial et à huis clos donne le ton des confidences. Chaque jour, notre accusé va devoir répéter les mêmes éléments inlassablement : comment a-t-il connu Betty, leur relation et comment en est-il venu à tuer le richissime mari de cette dernière. Une chose s’avère certaine, l’être humain qui se trouve derrière les barreaux clame son innocence, mais il va s’attacher à nous raconter comment il en est arrivé là et ses actes, pour qu’aux yeux de la justice il incarne le parfait coupable. Entre fascination pour Betty, souvenirs et emboitage des pièces, l’innocent incarcéré explore les fils qui ont mené à cette situation. « J’aurais dû… » deviendra d’ailleurs le maitre mot de cette confession à cœur ouvert, dans la noirceur d’une cellule vouée à faire craquer. Mais s’il n’y a rien à avouer, reste à prouver son innocence… Quand l’adversaire avance plus vite et que les dés sont déjà jetés, peut-on garder espoir?

Consacrons quelques lignes au personnage de Betty, afin de mieux cerner notre histoire. Betty devient justement la principale question que le lecteur se pose : qui est-elle véritablement ? Comment en est-elle arrivée là ? Est-elle battue comme elle le prétend ? Fut-elle au moins amoureuse de son mari ? Pourquoi n’a-t-elle pas d’enfants alors que son mari en manifeste le souhait ? Intéressée par l’argent ? Manipulatrice ? Double ? Complice ? Honnête ? Victime ou bourreau ? Tant de questions que le lecteur se pose et auquel le narrateur ne saura pas toujours répondre objectivement.

Si Betty semble être un roman assez ordinaire, il s’avère pourtant très surprenant. Roman noir, roman policier, roman sentimental, Betty explore tout un tas de registres qui ne vise qu’un but : comprendre pourquoi l’accusé se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux et quelles erreurs ont pu être commises. Ainsi, commence le récit de la rencontre entre notre présumé assassin et la sulfureuse Betty. Irrésistible Betty, tenace, séductrice, prête à tout. Notre personnage tombe dans le piège, comment faire autrement. Petit à petit se déroule sous nos yeux une histoire de confession, de meurtre et de sentiments. Et d’un seul coup, LA RÉVÉLATION qui change tout, fait sentir le lecteur tout petit, colle une claque magistrale sans que vous la voyiez venir. Résultat ? Vous posez votre livre et vous interrogez sur vous-même. Car si Betty semble avoir manipulé notre accusé, l’auteur lui se joue de nous et avouons qu’il est brillant. Amener à reconsidérer notre façon de lire même, que dire si ce n’est : waouh. Je reconnais l’incroyable puissance de ce « twist » magistralement orchestré. En revanche, si vous en connaissez la nature d’avance, le livre perd toute sa saveur.

Une fois la tournure des évènements changée, du moins, pour nous, nous analysons les choses différemment. C’est à partir de cet instant, me semble-t-il, que nous commençons vraiment à accéder à la réelle personnalité de l’accusé, qui pour le moment parlait plus de Betty. Ainsi, nous cernons mieux le contexte, les opportunités, les réactions d’autres personnages, les hésitations, faiblesses et forces. Nous apprenons à connaitre l’innocent tout en prenant conscience de tout ce qui l’incrimine et qu’il sera impossible à démonter. La solitude du personnage ajoute à la froideur du récit, dans un climat déjà bien peu chaleureux. Betty, femme sensuelle et véritable séductrice, nous apparait sous un jour particulièrement rude et à nous de comprendre pourquoi. Les révélations finales viennent nous surprendre et mettre des explications sur chaque évènement particulier de cette sordide affaire. Amateurs de Happy End, Betty n’est pas forcément fait pour vous.

La narration est particulièrement réussie et nous implique totalement dans le récit. Le personnage montre une attitude forte et résistante et tente de ne jamais craquer. Puisque les dés sont jetés, pourquoi s’investir ? Personne ne semble vouloir croire en ses aveux, et nous comprenons que les préjugés des enquêteurs peuvent avoir un impact déterminant dans la chasse à l’assassin. Avec une noirceur sensible, le narrateur se résigne à son sort et ne tient que pour et par une chose. L’amour. Ou du moins l’illusion d’un amour presque interdit. Touchant, notre personnage nous marquera forcément par ses actes, ses choix, ses illusions et désillusions. Quant à la fin du récit, sombre comme tout le reste, elle pourra frustrer ceux qui apprécient les procès et la justice. Mais il n’est pas question de cela dans Betty, plutôt d’acceptation de nos actes et leurs conséquences, quelque soit le prix à payer. Brillant même si nous refermons le livre avec une sensation de « manque », de ce petit quelque chose qui aurait pu le rendre meilleur, émouvant, moins froid. Mais probablement l’auteur a-t-il volontairement appuyé sur ce côté glacial, distant et intouchable.

enbref

Un roman noir surprenant, dont l’histoire nous est racontée du point de vue d’un personnage accusé d’un crime qu’il n’a pas commis. Son incarcération lui donne l’occasion de dérouler les fils des évènements ayant précipité sa condamnation et de comprendre pourquoi sa culpabilité est saisissante aux yeux du monde. Innocent, solitaire, notre accusé attend le verdict. Aidé d’un twist hallucinant, ce roman devient addictif même si l’on ressent un léger manque de profondeur.

MANOTE

Il fut difficile de noter ce roman. Concrètement, si vous partez sans rien savoir de l’histoire, vous prenez forcément une claque à un moment. Mais, l’ensemble est frustrant, manque d’un petit quelque chose. Je ne peux pas vraiment en dire plus sinon je vous révèle trop d’éléments de l’intrigue. Après mûre réflexion, ma note est donc de :

16/20

4flamants

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16 réflexions sur “[Chronique] Bettý de Arnaldur Indridason

  1. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #63 | BettieRose books

  2. J’aime prendre des claques (littéraires, je précise ;)), c’est bien d’être bousculée je trouve ^^ Et comme je ne lis jamais la quatrième de couverture, cela risque de bien marcher sur ce coup-là, si j’ai bien compris 😉 Hop, direction wish-list ! Thanks 🙂

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    • Oh mais tu as le droit d’aimer prendre des claques tout court hein, chacun son truc :p
      Non revenons en aux littéraires, oui moi j’aime être remise en place et qu’on chamboule un peu mon mode de pensées, mes acquis etc. Ce livre est parfait pour cela.

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