[Chronique] Le Pacte du silence de Martine Delomme

lepactedusilencePublié aux éditions Calmann-Lévy – Août 2016 – 360 pages

Merci à Netgalley et aux éditions Calmann-Lévy pour cette lecture

resume

Un secret du passé rattrape Élisabeth, la brillante héritière et directrice des porcelaines Astier, à l’occasion d’un cocktail donné en l’honneur de son aïeule. Sa vie s’apprête à voler en éclat. Mensonges, jalousies, chantages, drames familiaux, un souffle romanesque ébouriffant dans le sérail des grands porcelainiers français.

En pleine fête réunissant famille, amis et partenaires commerciaux de la très prestigieuse manufacture de porcelaine Astier, une indiscrétion révèle le secret que gardait jalousement Élisabeth depuis vingt-quatre ans : son ex-mari François n’a pas simplement disparu comme elle l’a toujours prétendu, il a été jeté en prison… Pour cette quinquagénaire dynamique à l’autorité incontestée, le choc est de taille. Elle, qui a su reprendre en quelques années les rênes des affaires familiales et leur faire négocier le virage de la modernité avec succès, tout en élevant seule son fils Louis, doit affronter un nouveau défi. Car, quand arrive l’heure des révélations, elle est contrainte de promettre à Louis de retrouver la trace de son père. Quel crime François a-t-il commis ? Pourquoi n’a-t-il jamais cherché à revoir les siens ?

Alors qu’Élisabeth tente d’apporter des réponses à son fils, elle va découvrir les manipulations et les mensonges dont elle n’a jamais cessé d’être la proie pendant toutes ces années.

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J’avais repéré ce livre il y a quelque temps, mais alors publié chez France Loisirs et avec une couverture que je n’appréciais pas plus que ça. Je m’étais dit que ce secret du passé pouvait être une intrigue fascinante et qu’il me fallait le lire. Et puis voilà qu’il sort aux éditions Calmann-Lévy avec une couverture beaucoup plus moderne et en adéquation avec l’histoire. Il ne m’en fallait pas plus pour me laisser tenter. Malheureusement, si ma lecture fut dans l’ensemble agréable, elle n’a pas comblé mes attentes et n’a pas su me captiver et ne sera pas mémorable.

Un histoire de secrets bien cachés

La grand-mère d’Elizabeth, Hortense, fête ses 100 ans. À cette occasion, Elizabeth, héritière des Porcelaines Astier et à la tête de l’entreprise, donne une réception. Hortense atteint ce grand-âge et semble ne plus avoir toute sa tête. D’ailleurs, elle gardera le silence pendant toute la prestigieuse réception donnée en son honneur par Elizabeth. Cette dernière incarne perfection, classe et travail acharné. Toute sa vie, Elizabeth s’est efforcée de concilier sa passion de l’entreprise avec sa relation très fusionnelle avec son fils Louis. Celui-ci s’est marié il y a peu et sa femme, Sophie, est pour le moins capricieuse et jalouse de cette relation mère-fils. Lors de la soirée, Hortense s’éveille et commet une gaffe magistrale en demandant où est François. François, le mari d’Elizabeth, qui a quitté sa femme et son fils quand ce dernier avait 5 ans. François est parti, répond Elizabeth, tu le sais bien. Mais la grand-mère s’écrie « Comment ça parti je croyais qu’il était en prison ? ». Malaise. Regard incrédule de son fils qui exige de connaître la vérité. En voulant à tout prix apaiser douleur et tristesse chez son fils, Elizabeth se lance dans un défi déconcertant : est-elle prête à entendre toute la vérité ? Comment Louis peut-il se rapprocher de son père ? C’est un parcours semé de mensonges, manipulations et trahisons qui attend Elizabeth…

Un rythme (trop?) doux

En partant de ce postulat, le lecteur est en droit de s’attendre à un véritable raz de marée sur la famille et à des bouleversements ou rebondissements en tout genre. Pourtant, le roman se fera doux et manquera parfois de rythme, nous contant plutôt le quotidien de cette femme dirigeante d’une entreprise de luxe puissante. Mais c’est aussi dans un but qu’on ne voit pas forcément venir avec la 4e de couverture : la renaissance d’une femme à l’aube de ses soixante ans. Les deux thématiques sont intimement mêlées, la découverte du passé et de ses vérités permettant peu à peu de s’en affranchir. Restera pour Elizabeth à trier relations et ses sentiments, émotions et valeurs pour apprendre à lâcher, et même se lâcher. L’enquête concernant François m’a quelque peu laissée dubitative sur certains points. Les raisons de son incarcération touchent, avec ce caractère dramatique prégnant et plus on avance, plus on a de la peine pour cet homme à la vie détruite. Cet homme qui pourtant semble mériter son sort. Cet homme, sorti de prison il y a longtemps maintenant… mais alors pourquoi n’a-t-il jamais cherché à reprendre contact avec son fils ?

Les relations mère-fils seront également traitées sous un jour très intéressant. En effet, Louis n’aspire qu’à une chose, remplacer sa mère ou au moins qu’elle lui cède plus de pouvoir. Ce sujet les opposera parfois, mais bien moins que l’histoire de François ou encore l’impossible femme de Louis, Sophie. Cette dernière voue une haine incroyable à Elizabeth et fait tout pour manipuler son mari et garder une emprise totale sur lui. Pourtant, Louis est un garçon bien, aimant sa femme, mais aussi sa mère qui après tout, a tout fait pour lui. La perspective de revoir ce père absent depuis toujours trouble fortement le jeune homme. Son plus grand rêve se réalise, mais est-il prêt ? Son père va-t-il parvenir à lui livrer la vérité ? Le doute persiste.

C’est une quête de vérité qui se déroule sous nos yeux et non une réelle enquête. Certes, cette dernière est menée par un personnage intéressant, Maxime, un détective privé plutôt solitaire. Il va tout mettre en œuvre pour aider l’héritière Astier et sera touché par cette histoire déchirante. Il osera timidement lui révéler certaines informations qui pourraient bien venir troubler sa tranquillité et ses relations. Petit à petit, Elizabeth perd pied et ne sait plus à qui faire confiance. L’affaire s’est produite 24 ans auparavant et elle ne cesse de découvrir les manipulations et les jeux de dupes. Comment se fait-il qu’elle n’ait alors rien remarqué ? Puis quand vient la révélation finale, le choc, la chute. Mais aussi pour notre femme charismatique, la rédemption, la renaissance. L’assurance de pouvoir s’envoler librement sans craindre les répercussions, de vivre enfin pour elle. Encore faut-il qu’elle puisse l’accepter. Seul l’épilogue vous répondra à ce sujet.

Des personnages manquant de consistance

La plume est agréable et fluide. Nous regretterons toutefois une certaine absence de réalisme, de finesse dans les dialogues alors bien trop littéraire. Certes, c’est beau à lire, mais ça ne sonne pas véridique, trop surjoué. Les personnages sont plutôt bien construits, même si certains manquent d’un léger approfondissement pour mieux capter leurs aspects. À mon sens, le personnage le moins réussi reste Hervé. Il est plat et inintéressant alors que pourtant vu ce qu’il incarne dans l’histoire, il aurait pu prendre une tournure plus complexe, plus développée pour qu’on puisse mieux le cerner et comprendre sa façon à lui de bouger les pions. Enfin, le personnage de Nathalie s’avère bien trop caricatural dans sa haine légendaire envers Elizabeth. Ses phrases ressemblent à des tirades préparées des mois à l’avance et la desservent totalement. On ne croit que difficilement à ce personnage. Toutefois, notre personnage principal bénéficiera ici d’un traitement de faveur en étant plus étoffé et crédible. Nous apprécierons en revanche l’immersion dans le monde de la porcelaine, ses procédés de fabrication et la passion qui ressort des lignes à ce sujet.

Si ce roman est prenant, il manque cruellement de profondeur. L’écriture comporte malgré tout ce petit quelque chose qui fait qu’on s’accroche jusqu’au bout. L’enquête aurait mérité un développement un peu plus complexe, les réponses apparaissant presque par magie au moment stratégique. De plus, avec des personnages trop légers, on reste à distance de l’intrigue et de ses enjeux. Seul Louis peut véritablement nous toucher, enfant devenu adulte, mais cherchant toujours des informations au sujet de son père. Cette histoire et les multiples révélations qui vont en découler permettront au jeune homme de s’affirmer dans de nouveaux rôles et souhaitons-lui bonne chance. Quant à notre héroïne, elle parvient à nous toucher, femme élégante et raffinée, toujours dans le contrôle et qui en oublie de vivre. Pour elle, l’affaire sera douloureuse, venant révéler menaces, trahisons et mensonges, manipulations et secrets. Tout cela provoquera en elle un véritable tsunami émotionnel, d’autant plus qu’elle fera une rencontre déterminante, l’amenant à revoir tous ses plans… Son évolution est agréable et heureuse. Lisons alors ce livre pour la renaissance d’une femme à l’aube de ses soixante ans, nous serons ainsi moins déçus par cette pseudo-enquête qui reste partiellement en filigrane et laisse peu de place au réel suspens…

enbrefLe pacte du silence est un roman fluide et agréable à lire. L’auteure, à l’aide d’une plume légère, nous entraine avec passion dans le monde de la porcelaine, nous rencontrons Elizabeth, une femme déterminée et dont le quotidien se voit bouleversé par des révélations explosives. Dommage que l’intrigue des secrets ainsi que les personnages ne soient pas plus travaillés en profondeur, nous passons à côté d’eux. En revanche, une belle histoire de renaissance pour une femme qui s’oubliait au profit de son fils et du travail. MANOTE

14/20

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26 réflexions sur “[Chronique] Le Pacte du silence de Martine Delomme

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