[Chronique] À demain, Lou de Marie-Claude Vincent

AdemainlouPublié aux Éditions Robert Laffont –  Avril 2016 -168 pages

Livre découvert grâce à Pretty Books, merci ❤

resume

Élisabeth, Lou et la petite Laura forment avec leurs parents une famille unie et joyeuse. Jusqu’au jour où Éli part passer le week-end chez une amie et ne revient pas. Bloquée par le silence des adultes, Lou n’ose pas poser de questions. Le corps pressent ce que l’esprit refuse d’accepter, mais admettre qu’Éli est morte serait plus terrible encore que ce mutisme qui, peu à peu, empoisonne tout.

C’est sur cet événement que Lou revient à la veille de ses seize ans, l’âge d’Éli à sa disparition. Comment continuer à vivre sans cette grande soeur qu’elle chérit tant ? Comment se résoudre à devenir plus vieille qu’elle ? Comment cesser d’être « la petite soeur d’Éli » ? Il va bien falloir, pourtant, passer ce cap…

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Quel sujet touchant, émouvant, bouleversant que celui du deuil. Je crois que je vous en ai déjà parlé sur mon blog, mais le deuil ainsi que l’accompagnement de fin de vie sont des sujets qui me passionnent. N’y voyez rien de morbide, seulement une envie de comprendre ce processus, d’accompagner, aider les gens. Ici, Lou aurait sans doute dû bénéficier d’un accompagnement. À 12 ans, comment comprendre que sa grande sœur chérie ne reviendra jamais ? À la veille de ses 16 ans, l’âge auquel son aînée a disparu, Lou revient sur les 4 dernières années, celles passées sans Éli, celle à attendre son retour. Mais comment, maintenant qu’elle a bien compris que sa sœur était morte peut-elle accepter de devenir plus vieille qu’Éli au moment de la mort de cette dernière ? Comment accepter alors de ne plus être « la petite sœur d’Éli ».

Vous l’aurez compris, ici, le deuil est raconté sous une forme différente, originale. La narratrice Lou va plonger dans ses souvenirs des jours qui ont précédé le drame, des jours qui ont suivi, des mois de déni, des moments d’acceptation et surtout cette angoisse d’être plus vieille que sa soeur. Quand Éli est partie pour le week-end chez une copine, après de formidables vacances en famille, Lou était triste. Mais Éli, lui a promis de rentrer le lendemain « À demain, Lou ». Mais Éli ne rentre pas, on parle à Lou d’accident et qu’Éli est « partie ».

« Cela fait quatre ans que ma sœur aînée est morte. Laura, ma petite sœur n’avait qu’un an à la mort d’Éli. Moi j’en avais douze, mais il a fallu qu’oncle Charles rentre de Yokohama le jour de mes treize ans pour que je réalise que je ne reverrais plus jamais Éli. Mon oncle est le premier à avoir prononcé ces mots : Élisabeth est morte ».

Voilà les premières lignes de ce roman. Il aura fallu des mois à Lou « Louloulou » pour admettre la vérité, comprendre que sa sœur ne reviendrait pas. Pendant de longs mois, elle fera tout ce qu’elle peut pour oublier l’absence de son aînée, imaginant des stratagèmes voués à occulter la vérité. Elle sera profondément bouleversée, mais surtout, autour d’elle, tout n’est que silence. Personne ne parle d’Éli, personne ne dit qu’elle est morte, on évite d’en parler, on décroche sa photo du mur, on vide ses tiroirs, donne ses vêtements. Lou, elle, ne comprend pas ce silence et va devoir malgré tout avancer. Mais la pauvre jeune fille est comme bloquée par ce silence. Elle n’ose pas poser de questions. Elle ne peut pas se confronter à une réalité que ses parents, pensant bien faire et gérant leur chagrin comme ils le peuvent, font tout pour occulter. Ne plus parler d’Éli semble pour eux la solution pour que chacun puisse faire son deuil.

Pour autant, Lou vit dans une famille équilibrée, soudée, aimante et qui prend soin d’elle. Seulement, quand on est parents et qu’on perd un enfant, il doit être très difficile de gérer son propre chagrin et en plus de comprendre celui des autres enfants restants. Ses parents, même s’ils commettent, en quelques sortes, cette erreur du silence, ne cesseront d’être présents pour Lou et Laura. Ils ne deviendront pas des fantômes, ne laisseront jamais tomber leurs autres filles, seulement, ils sont silencieux.

Lorsqu’à la veille de ses 16 ans, Lou prend conscience que bientôt, elle sera plus vieille que sa propre grande sœur, elle panique et perd de nouveau contrôle de ses émotions. C’est ainsi qu’elle nous raconte son parcours. Elle nous ouvre la porte de son cœur, de son chagrin, de ses pensées les plus intimes, et nous livre un récit, certes court, mais profondément touchant. Nous comprenons sa détresse et aussi les étapes par lesquelles elle est passée. Nous acceptons que pour elle, Éli ne peut pas être partie pour toujours. Elle développe des TOC, des réflexes et nous, lecteurs, nous lisons sa souffrance, impuissants. Quelle douleur plus vive que la perte de quelqu’un d’aussi proche ? Lou a perdu son modèle, son repère, sa bouffée d’oxygène et elle ne sait plus quoi faire de cet âge qui s’approche et la ramène à tant de douloureux souvenirs. Lou prend conscience de tout ce que sa sœur aurait dû vivre.

C’est une histoire magnifique qui peut tirer quelques larmes. Après avoir refermé le livre, il m’a fallu quelques heures pour me poser et digérer l’histoire. L’émotion est puissante, belle, salvatrice. L’écriture, un peu particulière, reste sublime et parfaitement adaptée à Lou. Nous avons l’impression de vivre ce deuil à ses côtés sans jamais pouvoir l’atteindre, ni l’aider. Nous vivons vraiment cette épreuve comme si nous étions dans la tête d’une jeune fille de 12 ans et non comme un adulte le raconterait. Bravo à l’auteure pour cette prouesse. Nous pourrions, peut-être, juste regretter la brièveté de ce roman, quelques pages sur les autres années de Lou, auraient peut être pu renforcer notre attachement à la jeune fille. En revanche, il est très facile de succomber au charme de « l’âme » d’Éli et encore plus à celui de Laura, adorable petite fille que cette mort n’a pas vraiment atteint.

enbref

À demain, Lou est un court roman sur le deuil. À 12 ans comment admettre la mort de sa sœur aînée et son caractère immuable ? Avec une plume profondément adaptée à l’âge de la narratrice sans faire enfantin pour autant, l’auteure nous entraîne aux côtés de Lou qui va devoir grandir et devenir plus vieille que sa grande sœur. Une histoire d’une émotion intense et bouleversante. Quelques pages de plus auraient pu prolonger notre émotion et l’intensifier.

MANOTE

16/204flamants

23 réflexions sur “[Chronique] À demain, Lou de Marie-Claude Vincent

  1. Toujours les mots justes, du coup en lisant ta chronique je n’ai pu faire autrement que pleurer parce qu’avec ce livre, c’est comme ça. Je ne peux pas y repenser sans pleurer. Contente que tu aies été touchée par Lou, toi aussi.

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    • Oui ce sont des sujets essentiels qui peuvent répondre aux questions…
      Personnellement je suis fille unique donc je n’ai pu qu’imaginer « de loin » ce que cette jeune Lou ressentait.
      Mais nous avons tous ou allons tous connaître des deuils et au fond les processus sont toujours plus ou moins les mêmes sauf qu’ils prennent toujours plus ou moins de temps selon les gens.

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  2. En lisant ta chronique, j’avais une boule dans la gorge. Oui. Tu as réussi ! Je dois dire qu’il n’y a que tes chroniques qui me font ça 😮 À chaque fois, les livres que je ne connais pas ou qui ne m’intrigue pas à la base et bien, tu parviens à m’intéresser ❤ Je note 🙂

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  3. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #40 | BettieRose books

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