[Chronique] Le chat sur le mur de Deborah Ellis

lechatsurlemur

Publié aux éditions Hachette – Janvier 2016 – 188 pages

Livre lu dans le cadre de la Masse Critique Babelio Jeunesse de Mars 2016

resume

Claire avait 13 ans quand elle est morte et qu’elle s’est réveillée dans le corps d’un chat errant, à Bethlehem, en Cisjordanie. Réfugiée dans une maison avec deux soldats israéliens et un petit garçon palestinien, elle va partager pendant quelques jours leur quotidien. Entre incompréhensions et émeutes qui divisent les deux peuples, elle va essayer de sauver sa vie, et peut être même celle de ses trois compagnons de hasard.
Mais comment aider son prochain lorsqu’on est un chat ? Comment trouver sa place dans un univers chaotique, ravagé par la peur et la colère ?MONAVISV2

Quand ce titre a fait son apparition dans les nouveautés, il m’a de suite intriguée. Une jeune fille qui se réincarne un chat et me voilà partie à imaginer toute une nouvelle vie, un corps à s’approprier et des fragments, peut être de son ancien vie. Je m’attendais également à en savoir plus sur le conflit israelo- palestinien et à être émergée dans ce sordide et terrifiant quotidien qui est ravagé par la violence des affrontements. Malheureusement ce livre ne fut pas du tout à la hauteur de mes attentes et j’en suis ressortie très frustrée…

Bien que la cible soit clairement jeunesse, notre héroïne ayant 13 ans avant de mourir, ce roman manque cruellement de profondeur et de contexte. Certes, il se lit très facilement, et est même assez agréable à lire mais il ne va pas assez au bout des choses. Ajoutez à cela un personnage principal quasi détestable (heureusement qu’elle est devenue un chat car quelle piètre jeune fille faisait-elle) et les larmoiements de cette dernière qui nous raconte sa dernière année d’école où cette pauvre enfant insupportable fut collée « trop de fois » par « Mme Nulle » et vous perdez complètement le déroulé auquel vous vous attendiez : le conflit et ses conséquences, le quotidien d’un peuple qui vit sous la peur permanente.

Certes il y a des soldats, un peu sots en plus et un petit garçon mutique, ah non pardon il récite sans cesse le poème que Claire devait recopier lors de ses nombreuses heures de colle (pauvre enfant, voilà que cela la tourmente dans sa vie de chat !) et un chat capricieux…Et c’est à peu près tout. Le roman est beaucoup trop axée sur ce que Claire a vécu AVANT de se réincarner en chat et alors que nous pensons qu’elle va se racheter, reconnaître ses torts, ceci est à peine développé. Au fond, Claire continue d’être égoïste et se fiche bien du conflit qui fait violence tant que sa peau est sauve. D’ailleurs, parlons en du conflit. A part savoir que les soldats israéliens sont infiltrés dans une maison pour surveiller la population palestinienne et que cette dernière leur voue une haine sans nom, vous n’en saurez pas plus. Ne comptez donc pas sur ce livre pour « expliquer » les choses à vos enfants…

De plus c’est une histoire qui manque clairement d’émotions. Claire vous raconte qu’elle a assisté à un massacre (suite à un quiproquos) de la même manière qu’elle vous raconte comment elle traumatisait et harcelait sa petite soeur avec sa « bande ». Elle est plein de ressentiments et même si elle est « jeune » il est dommage que l’auteur n’ait pas un peu plus développé les possibilités d’évolutions de la jeune femme et ce, même dans le corps d’un chat. Tout n’est pas négatif non plus à son sujet mais c’est vraiment un personnage difficile à apprécier, même sous les traits d’un chat.

Car comprenez bien que certes Claire est réincarnée en chat, mais qu’elle se souvient de TOUTE sa vie avant cela. Elle a donc gardé ses expériences (dont elle ne fait rien à part s’apitoyer) et ses souvenirs, y compris celui de sa propre mort. Elle émet certes de très légers regrets mais bien peu conséquents par rapport à ce qu’il devrait en être. Difficile donc de s’attacher à un personnage quand ce dernier est antipathique, voir détestable. Et encore plus difficile d’y voir un chat…Tout est bien trop humanisé dans la tête de Claire. Heureusement quelques comportements bien typiques des chats viendra un peu sauver la mise et nous « rappeler » qu’en gros Claire n’est qu’une ado prisonnière d’un corps de chat.

Enfin, il y aura bien une morale à cette histoire mais qui tombe d’un coup sans de réelle cohérence. Est ce qu’un jeune ado qui lit ce livre va vraiment l’intégrer ? Peu certain. Va-t-il comprendre les enjeux du conflit ? Pas sûr non plus. En tout cas, moi je n’ai rien appris et pourtant je ne suis absolument pas calée sur le sujet. Alors bien entendu il ne s’agit pas ici de roman historique mais quand on met en 4ème de couverture ce conflit en avant, le lecteur est alors en droit d’en attendre un peu plus.

enbref

En voulant transmettre son message de paix, l’auteur s’est finalement retrouvé en dehors même du sujet auquel on s’attend et nous n’apprenons rien de ce conflit terrible. De même, en nous racontant trop la vie humaine de Claire, elle s’égare de cette guerre et nous peint le portrait d’une gamine insupportable qui ne semble même pas tirer grande leçon de cette réincarnation, agissant toujours de la manière la plus égoïste qui soit. Dommage il y avait un beau potentiel de base.

MANOTE9/20

14 réflexions sur “[Chronique] Le chat sur le mur de Deborah Ellis

  1. Je vois que nous avons eu les mêmes soucis avec ce roman.. Le résumé aurait dû être différent peut-être, et encore je n’en suis même pas sure. Le problème, c’est le contenu du livre, il n’a pas beaucoup de sens.. Déçue.

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    • Ouais je suis même pas persuadée qu’un résumé différent aurait changé quelque chose. C’est trop plat, trop terne. Dommage il y avait un sacré potentiel. Mais Claire est tellement insupportable et égoïste. Et puis vu qu’on est dans les commentaires je le dis : la fin n’est pas crédible !

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  2. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #39 | BettieRose books

  3. Merci pour cet avis, pour ma part j’ai vraiment apprécié le fait que le sujet délicat du conflit israëlo-palestinien ne soit pas le centre de l’histoire mais sur l’aspect plus humain du conflit. Je te rejoins sur le fait que Claire est détestable à souhait, une petite peste sans état d’âme. Même si on la déteste, elle essaye tous de même de se lier avec les soldats et l’enfant.

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    • Oui en effet, elle tente quand même…Mais le fait toujours dans son intérêt à elle 😦
      Pas beaucoup d’altruisme dans ce récit, du moins de sa part à elle.
      En effet l’aspect humain est plus au centre et rend les choses moins sensibles, moins délicates mais pour moi, on passe à côté de l’essentiel.
      Peut-être que cela aura un effet très différent sur des plus jeunes.

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