[Chronique] Ne pars pas sans moi de Gilly MacMillan

neparspassansmoiPublié aux éditions Les Escales – Collection Escales Noires – 2016 – 480 pages

Un grand merci à la maison d’édition pour cette lecture

 

resumeUn petit garçon de 8 ans est enlevé. Pour l’opinion et les médias, une seule coupable : sa mère. Et ils veulent sa peau… Alors qu’elle se promène dans les bois avec son fils Ben, Rachel le laisse partir devant elle jusqu’à l’aire de jeux. Quand elle arrive sur les lieux, Ben a disparu. Bientôt, médias et réseaux sociaux se déchaînent : Rachel est accusée d’être une mauvaise mère qui n’a pas veillé sur son fils…à moins qu’elle n’ait fait le coup ? Attaquée de toute part, soupçonnée par la police, Rachel ne peut se fier à personne : Elle seule peut découvrir la vérité et retrouver Ben.

MONAVISV2Voilà un roman que j’avais déjà repéré lors de sa sortie chez France Loisirs. Je dois avouer que je préfère largement la couverture proposée par Les Escales. Vous savez que j’aime les beaux livres et je trouve que l’édition des Escales est sublime. Sombre et mystérieuse tout comme le roman qu’on nous propose alors.

C’est l’histoire de ce qui pour vous sonnera peut être comme un fait divers. L’histoire d’un enfant qui disparaît et de parents qui supplient les ravisseurs de le ramener. L’histoire d’un enfant qu’on doit retrouver au plus vite si on veut qu’il ait une chance de survivre. Les statistiques angoissantes égrainent les heures et tout le monde spécule sur le coupable. Alors que la maman dérape (elle craque), tout le monde lui crache sa haine. Pour eux, elle est la seule coupable. Devenue une « mauvaise mère » incapable de veiller sur son enfant puis passant au statut de meurtrière probable, Rachel ne peut se fier qu’à elle même pour retrouver son enfant qu’elle pleure chaque jour.

Une histoire tragique et douloureuse, celle de la perte d’un enfant. Rachel se promenait dans les bois avec Ben, comme tous les dimanches. Avec son chien, fidèle ami du petit garçon. Rachel, femme divorcée et malheureuse qui a encore du mal à faire le deuil de sa relation amoureuse et qui en veut au père de Ben d’avoir refait sa vie. Rachel, photographe qui aime plus que tout son fils et qui lui laisse ce jour-là un peu plus de liberté, d’autonomie. C’est alors que le drame survient, Ben a disparu dans les bois. Après recherches une seule conclusion s’impose, le petit garçon a été enlevé. Mais par qui et pourquoi ? C’est ainsi que toute la vie de Rachel mais aussi celle de son ex-mari va être passée au peigne fin. Quand Rachel est attaquée de toute part, elle culpabilise mais garde à l’esprit qu’il lui faut rester présente pour Ben. Elle est persuadée qu’il est vivant et veut le retrouver. Elle est prête à tout quitte à se débrouiller par elle même.

C’est une histoire à deux voix que nous avons, qui nous content les évènements depuis le jour de la disparition jusqu’à la conclusion de l’enquête. Rachel nous donne son ressenti, nous livre son expérience mais surtout nous fait part de sa souffrance, de l’intolérable attente, de la douleur innommable qu’est celle de la perte d’un enfant. Elle passe par tout un tas d’émotions et nous les livres sans pudeur. Pour que nous comprenions qui elle est. Pourtant même en se livrant aussi crument qu’elle le fait dans son récit, le lecteur ne pourra s’empêcher de se poser des questions sur cette maman…Et si elle nous menait en bateau ? Si elle nous manipulait ? Confronté à un second point de vue, celui du flic en charge de l’affaire et traumatisé par cette disparition, le lecteur sera sans cesse amené à élaborer des hypothèses qui seront démontées au fil de l’avancement de l’enquête. Les journées entre la disparition nous sont racontées une à une, comme le temps d’un sablier qui s’écoule bien trop vite, les grains se déversant à une vitesse folle, aussi folle que la douleur de Rachel qui sait que plus le temps passe moins il y a de chances de retrouver son enfant vivant. La voix du policier nous est apporté par un rapport / récit complet qu’il livre à sa psychologue, qui doit juger s’il est capable ou non de reprendre le travail après cette histoire. Elle y ajoute des comptes rendus d’entretiens entre eux et ses notes sur le comportement du patient. Le fait que ce policier soit traumatisé par l’histoire, plus le fait que les journées nous soient contées l’une après l’autre entretient le suspens tout au long du roman quant à l’issue de cette affaire : Ben est-il vivant ? Qui s’en est pris à lui ?

L’écriture est précise, fluide et entretient un suspens incroyable tout au long de ce roman qu’on dévore à une vitesse folle. Il est très facile de se mettre dans la peau de Rachel (et pourtant je n’ai pas d’enfant) et d’être pris d’une grande empathie pour cette maman au bord du désespoir. Cette femme, imparfaite comme tout le monde, qui en plus de gérer sa souffrance va devoir affronter la haine des médias et de la population, les secrets de famille mis à jour par l’enquête, et voir son ex-mari avec sa nouvelle femme…Cette femme qui va beaucoup se remettre en question et se livrer. Cette maman qui finalement ne sait plus à qui se fier. Et si tout le monde mentait ? Et puis on a ce policier qui passe d’un doute à l’autre et se flagelle de passer à côté de certains éléments pourtant capitaux. Ce policier, lui aussi imparfait, alors que dans une histoire de disparition d’enfant, on a pas le droit à l’erreur. Mais quand un secret aussi dramatique que l’enlèvement d’un enfant est aussi bien gardé, peut on vraiment reprocher à la police de passer à côté ? Les personnages sont analysés, décortiqués et sont impitoyables envers eux même. Cet enfant les réunit et les rend fragiles. Qui a le coeur de s’en prendre à un gosse de 8 ans ? Qui pourrait vouloir lui faire du mal et pourquoi ? Le lecteur sera autant questionné que les personnages de cette histoire. On s’interroge même sur la soeur fidèle de Rachel, on peut presque douter de la nouvelle femme de l’ex mari, ou pourquoi pas de cet étrange assistant d’éducation ou de ce joueur un peu loufoque de jeux de rôles ? La plume nous prend à la gorge et nous fait nous poser toutes ces questions et bien d’autres et on est tellement en quête de vérité qu’on ne veut pas lâcher le livre. Cette écriture sans faille est capable de vous faire passer du récit narratif, à l’interview psychologique, à l’article de journal puis à un rapport psychologique en un claquement de doigts avec une fluidité précise et efficace. Tout est fait pour rendre ce roman addictif et énigmatique. Angoissant et émouvant.

Et puis le dénouement. Inattendu et pourtant pas tant que cela. Qui arrive sans prévenir. Qui nous met une claque. On se dit « qu’est ce qu’on a loupé » dans cette histoire. On attend la réaction des médias, chacals de l’information, sans pitié et qui n’hésite pas à détruire la vie d’une femme meurtrie par la disparition de ce qu’elle a de plus cher. On attend la réaction du policier mais aussi et Rachel. On se dit que l’instinct d’une mère est formidable et ne trompe pas. La conclusion se tient parfaitement et pourtant on ne la voit pas venir, c’est brillant, efficace. Un livre sombre et magistral sur une thématique sensible et douloureuse.

enbref
Un livre sombre sur une thématique éprouvante, celle de la disparition d’un enfant. Alors que la mère est accusée, le lecteur devra lui aussi élaborer ses propres hypothèses et suivre ou non l’instinct d’une mère blessée et désemparée. Avec des personnages parfaitement travaillés, une plume efficace et un suspens entretenu, l’auteur signe ici un livre énigmatique et addictif.

MANOTE18/20

 

10 réflexions sur “[Chronique] Ne pars pas sans moi de Gilly MacMillan

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