[Chronique] Shutter Island de Dennis Lehane

51v9GOpVMmL._SX323_BO1,204,203,200_Editions Rivages – 2009 – 399 pages


resumeNous sommes dans les années cinquante. Au large de Boston, sur un îlot nommé Shutter Island, se dresse un groupe de bâtiments à l’allure sinistre. C’est un hôpital psychiatrique pour assassins. Le Marshal Teddy Daniels et son coéquipier Chuck Aule ont été appelés par les autorités de cette prison-hôpital car l’une des patientes, Rachel Solando, manque à l’appel. Comment a-t-elle pu sortir d’une cellule fermée à clé de l’extérieur ? Le seul indice retrouvé dans la pièce est une feuille de papier sur laquelle on peut lire une suite de chiffres et de lettres sans signification apparente. Oeuvre incohérente d’une malade ou cryptogramme ? Progressivement, les deux policiers s’enfoncent dans un monde de plus en plus opaque et angoissant, jusqu’au choc final de la vérité.MONAVISV2

Voilà une chronique que j’ai mis du temps à publier. Ma lecture remonte à septembre pour le book club de Livraddict. Mais je ne savais pas comment aborder ma chronique, et d’ailleurs je m’excuse par avance si ce qui va suivre est un peu flou. Il est difficile de chroniquer ce livre sans révéler des éléments clés importants, sans dévoiler des choses. Je sais que beaucoup de personnes ont vu le film, ce n’était pas mon cas quand j’ai lu le livre. Je ne l’ai regardé qu’après et pour moi c’est une bonne adaptation, assez fidèle. Bon après cette introduction, place à la chronique.

Dès le début du roman nous sommes très clairement plongés dans l’ambiance des années 50 (nous sommes en 1954 exactement). Très vite nous sombrons dans une atmosphère glauque, sombre, épaisse comme le brouillard qui entour l’île, terrifiante comme la tempête qui menace. Shutter Island nous apparaît comme un endroit particulier et aux méthodes particulières. Nous sommes au cœur d’un asile psychiatrique pour criminels. Autour de l’île : rien. Impossible de s’échapper. Pourtant, une patiente manque à l’appel et c’est ainsi que Teddy Daniels est envoyé sur l’île. Sur le bateau qui le mène là bas, il fait la connaissance de son nouveau coéquipier Chuck. Ensemble, ils vont enquêter et tenter de comprendre où est la patiente et comment elle a pu partir.

Pour moi le gros point fort de ce roman c’est l’ambiance. Le monde dans lequel évoluent nos personnages est angoissant, le mystère s’épaissit, les pistes se brouillent et le personnel médical nous apparaît comme suspect, étrange. La psychologie des personnages principaux est parfaitement sculptée également et l’auteur joue avec nos nerfs. On passe par tout un tas de théories, comme Teddy on se questionne au sujets des méthodes, du patient 67. Nous revivons avec lui la perte douloureuse de sa femme, qui revient sans cesse, souffrons avec lui lors de ses crises de migraines et nous nous attachons à lui. Méthodique, pragmatique et direct, il apparaît un peu comme l’opposé de son coéquipier qui lui sait mettre tout le monde à l’aise. Mais Teddy ne cesse de douter, de se dire que quelque chose cloche et que l’île cache des secrets. Obsessionnel il va tout mettre en oeuvre pour découvrir la terrible vérité. Mais il est loin, très loin de savoir dans quoi il s’embarque.

Ce thriller psychologique est captivant. Il nous embarque dans l’ambiance sombre, angoissante de l’asile et ne nous relâche pas, il fait de nous les prisonniers de l’île, nous fait vivre chaque émotion en même temps que le Marshal. Nous avançons, doutons comme lui. Nous rencontrons des personnages étonnants. Des patients perturbés, bien sûr, mais au comportement surprenant. Le roman nous plonge dans un huis clos déroutant, anxiogène, et au cœur d’une tempête aussi bien élément de la nature que psychologique. Nous avançons à tâtons dans la pénombre pour découvrir une vérité époustouflante. Un jeu de piste incroyable et qui dure 3 jours pour aboutir à une vérité explosive. Un épilogue triste mais nécessaire.

L’auteur a su parfaitement mené son thriller et maîtrisant les codes du genre. On ne peut pas dire que sa plume soit merveilleuse ou meilleure que d’autres mais elle est parfaitement adaptée à ce roman et il sait nous entraîner dans son histoire. Nous sentons qu’il y a eu un minimum de travail sur les troubles psychiatriques et surtout le milieu psychiatrique des années 50. N’oublions pas les énormes progrès des méthodes depuis ces années là. Dans les années 50 plusieurs courants très différents s’affrontent et l’auteur sait nous retranscrire cela, de manière brève mais nécessaire. Un choix est laissé et nous sommes déroutés par le chemin emprunté. Son style est franc et s’adapte parfaitement à l’époque dont il est question. C’est une jolie plongée dans les années 50 et ses mœurs ou convictions, mais aussi une plongée dans un univers carcéral et psychiatrique innovant, inquiétant et qui nous amène à beaucoup d’interrogations.  On sent qu’il a cherché à créer un univers angoissant, oppressant et qu’il a voulu nous enfermer avec les personnages sur l’île. Il sème très peu d’indices et le tout est parfaitement ficelé .

Le personnage de Teddy est complexe et est d’ailleurs celui dont la psychologie, la personnalité et le passé nous seront révélés. L’histoire entière est articulée autour de lui. Nous apprenons peu de choses sur Chuck si ce n’est ce que Teddy en perçoit et leurs bribes de conversations. Nous restons à distance du corps médical qui du coup nous apparaît suspect. Tout est fait pour que nous sentions Teddy isolé, face à ses doutes, ses craintes, son enquête, face à lui même. D’ailleurs les soignants peuvent nous apparaître parfois caricaturaux, adoptant des gestes mécaniques ou incertains, tout comme Chuck parfois. Cela mettra Teddy dans le doute mais le lecteur également. Teddy est un personnage pour lequel le lecteur est pris d’empathie et ce, du début à la fin. Il a beau être parfois extrême dans ses comportements et douter de tout le monde en permanence, nous sommes aussi profondément touchés par le double traumatisme qu’il porte : la guerre et ses horreurs, la mort de sa femme. Les flash-backs sur son existence nous sont nécessaires, indispensables pour comprendre l’intrigue dans son intégralité.

enbref

Un excellent thriller psychologique prenant place dans une ambiance sombre et angoissante, sur une île où rien d’autre n’existe qu’un asile psychiatrique. Une plongée dans la folie et les méthodes des années 50. Un personnage principal exceptionnel et une fin qui fait froid dans le dos, si inattendue et explosive.

 

 

MANOTE

19/20


ADAPTATIONCINE

Concernant l’adaptation cinématographique, je dois avouer que je suis assez bluffée de la fidélité et du respect de l’ouvrage. Certes, il y a beaucoup plus d’indices dans le livre et une fin plus flagrante, peut être, mais les acteurs sont choisis à la perfection. Adapté par Martin Scorcese en 2010.

shutterislandaffiche

Leonardo di Caprio est magistral dans le rôle de Teddy, du début à la fin et a su parfaitement entrer dans la psychologie de son personnage, la faisant évoluer à la vitesse nécessaire. C’est juste incroyable de voir ce qu’il a fait du personnage du roman. Les autres acteurs sont également très bons et ont su trouver leur place. Si vous avez lu le livre ou vu le film, vous comprendrez ce que je vous dis quand je trouve qu’ils sont très bon à double jouer. teddy-daniels-shutter-island-leonardo-dicaprio

Bien sûr, certaines scènes sont différentes et/ou absentes mais l’ambiance est parfaitement retranscrite, le côté angoissant, oppressant de l’île est présent du début à la fin, de même que l’ambiance pesante de l’asile et de ses mystères, de ses personnages étranges et opposés.

Pour le film j’accorde un 9/10.

24 réflexions sur “[Chronique] Shutter Island de Dennis Lehane

  1. J’ai adoré le film et le livre (que j’ai lu après l’avoir vu). Leonardo di Caprio était un choix vraiment judicieux pour jouer ce rôle, son interprétation est parfaite. Ce n’est pas si souvent qu’un film m’a fait entrer dans une telle ambiance aussi facilement.

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  3. Pour ma part, je ne suis pas du tout entré dans ce roman, qui m’a plus ennuyé qu’autre chose. D’ailleurs j’avais aussi essayé du même auteur Un dernier verre avant la guerre, sans plus de réussite. Il faut croire que cet écrivain ne me parle pas…

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