[Chronique] Shining de Stephen King

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Edition présentée Le Livre de Poche – 2007 – 576 pages

resumeSitué dans les montagnes Rocheuses, l’Overlook Palace passe pour être l’un des plus beaux lieux du monde. Confort, luxe, volupté… L’hiver, l’hôtel est fermé. Coupé du monde par le froid et la neige. Alors, seul l’habite un gardien. Celui qui a été engagé cet hiver-là s’appelle Jack Torrance : c’est un alcoolique, un écrivain raté, qui tente d’échapper au désespoir. Avec lui vivent sa femme, Wendy, et leur enfant, Danny. Danny qui possède le don de voir, de ressusciter les choses et les êtres que l’on croit disparus. Ce qu’il sent, lui, dans les cent dix chambres vides de l’Overlook Palace, c’est la présence du démon. Cauchemar ou réalité, le corps de cette femme assassinée ? Ces bruits de fête qui dérivent dans les couloirs ? Cette vie si étrange qui anime l’hôtel ?


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Lu dans le cadre du Bookclub Livraddict d’octobre. Je place aussi ce livre dans la sélection Halloween car il semblerait qu’il ait effrayé de nombreuses personnes en 38 ans. Ce livre est l’un des premiers chefs d’oeuvre du maître de l’horreur et du fantastique, Stephen King et je n’avais jamais pris le temps de le lire avant. Je n’avais jamais vu le film non plus d’ailleurs. Pour moi, peu de frissons au rendez-vous, mais explications ci-dessous.

 

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Jack Torrance a perdu son emploi d’enseignant suite à une altercation avec un élève. Colérique et alcoolique ceci n’est pas le premier accident et sonne pour lui l’heure de se reconstruire s’il ne veut pas perdre sa famille. Il arrête alors de boire et accepte un emploi dans un grand hôtel isolé où il emménage avec sa femme Wendy et son fils Danny, dit prof. Danny n’est pas un enfant ordinaire mais ses parents préfèrent ne pas trop tenir compte de ce qu’ils attribuent à l’imagination débordante d’un enfant. Ils ont bien conscience qu’il est différent mais semblent préférer se voiler la face. Le vrai don de Danny est nommé « le shining » par un homme qu’il va rencontrer à son arrivée à l’hôtel, Dick Hallorann et le cuisinier possède lui aussi ce don. Celui de voir des choses et d’entrer dans la tête des gens. C’est ainsi qu’il met en garde Danny des dangers de l’hôtel et des esprits qui l’habitent. Danny entrevoit les dangers mais alors que les premières semaines sont heureuses, légères et semblent profitables pour le couple formé par ses parents, il préfère ne rien dire. Le mot « divorce » a disparu de l’esprit de ses parents et pour un enfant de 5 ans, fasciné par son père c’est le plus important. Mais peu à peu l’hôtel semble prendre possession de Jack et les incidents se multiplient…C’est alors qu’ils sont en plein coeur de l’hiver, seuls, isolés.

Nous sommes à la fin des années 70 et Stephen King le retranscrit parfaitement. Dès le départ, l’hôtel s’annonce imposant, sombre et perturbant. Des secrets semblent l’habiter et des drames semblent encore résonner à travers les murs. Le récit monte crescendo en angoisse au rythme des découvertes et visions de Danny sur lequel le roman est très centré mais également au rythme de la perte de « conscience » de Jack qui devient peu à peu agressif et incontrôlable. Le bonheur du couple éclate, les tensions et incompréhensions s’installent, la confiance se rompt. Malheureusement, l’angoisse, la peur que devrait ressentir le lecteur est bien trop souvent interrompue par des descriptions longues, trop longues et parfois superflues ainsi que par des flashbacks qui n’apportent pas forcément de réel plus au récit. Bien sûr il n’est pas forcément question de mettre le lecteur sous tension permanente mais il est dommage que le climat pesant, l’atmosphère angoissante de l’hôtel ne soit pas en continu…Il y a des scènes magistrales telle celle de la chambre 217 ou celle des animaux de buis, le bal masqué etc qui contribuent à faire du livre un excellent ouvrage malgré tout.

Les personnages sont en revanche parfaitement sculptés, définis. Nous sommes pris d’une forte affection pour Danny, ce petit garçon de 5 ans qui doit faire face à de terribles réalités. C’est un enfant qui se doit par conséquent de grandir un peu plus vite et, celui que ses parents considèrent comme son ami imaginaire, Tony, ne l’épargne pas. Jack Torrance est sans aucun doute le personnage à la psychologie la plus complexe puisque nous le voyons se transformer au fur et à mesure que l’emprise de l’hôtel se renforce. C’est un homme intelligent et volontaire, très attaché à sa famille qu’il veut reconstruire et à son livre qu’il veut écrire. Mais, son passé est tenace et est son point faible, il ressasse le négatif qui prend alors le contrôle de son être, l’hôtel n’ayant qu’à en jouer. Wendy a aussi ce côté volontaire, elle accepte l’isolement dans l’hôtel dans l’espoir de faire renaître leur couple. Par contre elle souffre un peu de voir son fils si attaché à son père et est même parfois un peu jalouse de la complicité qui les unit et de l’admiration que Danny voue à son père. Elle aura à faire preuve de beaucoup de courage et de sang froid au cours du récit et cette femme va aussi se développer par la force des choses. Danny est un enfant à la psychologie extraordinaire, muée par son don et il va lui aussi apprendre beaucoup de cette terrifiante expérience, apprendre à s’en protéger et faire en sorte que l’hôtel ne s’empare pas de son don, de sa force. Il devra lutter contre des visions bien trop terribles pour un enfant de son âge mais jamais il ne se plaindra. Il sait qu’il peut compter sur son « ami » Dick Hallorann, personnage secondaire capital dans l’histoire pour lequel nous ressentons immédiatement une profonde empathie. L’Hôtel est peut être le personnage le plus important de l’histoire mais n’en parlons pas ici pour ne pas trop en dévoiler. Sombres mystères et passé sanglant il semble posséder sa propre conscience agissant en tout autonomie…

Bien sûr la plume de Stephen King est à la hauteur de son talent et même avec les longueurs on a qu’une envie comprendre, avancer, connaître le dénouement. King n’est pas forcément le spécialiste des happy end mais plutôt de fins réalistes. C’est une fin par contre un peu « hâtée » par rapport au reste du récit et qui aurait pu connaître encore plus de rebondissements. King a réussi à peindre un parfait tableau d’une famille sur le point d’exploser et qui se trouve confrontée à des forces bien plus destructrices encore. Le vocabulaire est soigné mais sans chichis, les descriptions trop longues mais fouillées et réalistes et on sent la passion qui anime l’auteur à travers ses personnages.

enbref

Un très bon roman fantastique à l’angoisse montante et à l’atmosphère pesante mais au cours duquel de trop longues et trop nombreuses descriptions viennent casser le climat de terreur qui aurait pu s’installer. Une violence psychologique parfaitement maîtrisée et une histoire de famille sur le point d’éclater qui se retrouve confrontée à l’horreur avec un petit garçon doté d’un don terrifiant pour son âge. Un lieu isolé et doué d’une conscience propre installant un huis clos glacial au cœur de l’hiver à l’heure où aucune issue n’est possible.

MANOTE

15/20

Dommage pour les longueurs qui coupent l’angoisse…En revanche, âmes sensibles ou non habituées du genre, s’abstenir.

ADAPTATIONCINE

L’adaptation cinématographique, réalisée par le très grand Stanley Kubrick en 1980, de ce livre peut et même se doit d’être considérée comme une adaptation libre et un chef d’oeuvre à part entière. De nombreuses différences sont à noter entre le livre et le film mais le film réussit avec brio à installer un climat pesant et nous épargne les longueurs. Dommages certaines scènes manquent selon moi (celle des abeilles par exemple) et le labyrinthe m’impressionne moins que les animaux de buis. En toute honnêteté je n’ai pas eu le temps de le regarder jusqu’au bout à l’heure où je vous publie cette chronique mais saluons le talent de Jack Nicholson qui fait une interprétation magistrale du personnage de Jack Torrance. J’ai trouvé très dommage en revanche que le personnage de Wendy apparaisse si soumis et si geignard dans le film. Le petit Danny est bien dans son rôle et des anecdotes racontent qu’à aucun moment l’enfant n’a su qu’il jouait dans un film d’horreur et qu’il aurait vu ce film seulement à ses 16 ans. Shining

Il va falloir que je termine le film mais j’avoue que depuis quelques années j’ai du mal à apprécier le génie de Kubrick, allez savoir pourquoi. La fiche Wikipedia, très bien documenté mettra en lumière les différences principales entre le livre et le film.

18 réflexions sur “[Chronique] Shining de Stephen King

  1. Lili Dans Les Etoiles dit :

    J’ai lu « Shining » il y a bien bien longtemps, je ne me souviens donc plus parfaitement des détails, mais j’avais beaucoup aimé !

    Mais pour ce qui est du film, par contre, je n’ai pas accroché… Comme à la grande majorité des films de Kubrick, en fait. Et à la majorité des adaptations. Donc là, ça faisait beaucoup pour le même 😉

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  2. Lady's Blog dit :

    j’ai honte de l’écrire mais Stephen King je n’ai jamais lu, parce que l’horreur et la fantasy ne sont pas 2 genres auxquels j’accroche (même si ces derniers mois, j’ai tendance à plus m’ouvrir à la fantasy…)

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  3. Maxxie dit :

    Je sais que je l’ai mais je n’arrive jamais à lire les romans de King. C’est trop ou pas assez…. Je ne saurais même pas dire, je décroche trop rapidement. Mais Shining… Le film est suffisant brrr 🙂

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  4. Bénédicte dit :

    Shinning! Ce livre, enfin le film, m’a traumatisé quand j’étais petite.. Je viens juste de me réconcilier avec l’auteur en lisant le premier tome de « Dôme ». Je pense lire Shinning pour marquer cette réconciliation! Et comme toi, je trouve que l’auteur part trop dans ses descriptions, créant des longueurs qui nous font décrocher un peu… Je ne sais pas si tous ses romans ont ces descriptions marquées mais ça serait dommage. « Dôme » aurait vraiment pu être un coup de cœur sans ça… Mais merci pour cette chronique mon envie de redécouvrir « Shinning » et découvrir sa suite était grandissante, mais maintenant je veux le lire!

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  5. chasingbooks2 dit :

    En ce moment je lis Docteur Sleep de Stephen King qui est donc la suite de Shining et je viens donc de voir ta chronique qui est plutôt intéressante 🙂

    Pour ce qui est des longues descriptions, je trouve que celles à l’extérieur de l’hôtel étaient parfois longuettes mais pour celles de l’hôtel je trouve qu’au contraire elles aident à démontrer le caractère du lieu et l’angoisse permanente, le côté « vivant » de cet hôtel qui a connu tellement de drame. La scène des buis est mémorable et je ne comprends pas que Stanley Kubrick ne l’ai pas repris.

    J’avais vu le film avant de lire le livre et je peux comprendre que Stephen King ne supporte pas l’adaptation de son livre qui en a été faite. Même si je l’ai trouvé très sympa avec cette angoisse permanente, j’ai trouvé le livre plus riche et on comprends beaucoup mieux au fil des pages d’où vient la folie qui prends soudain Jack Torrance et l’importance de Danny dans toute l’histoire.

    Bref, j’ai beaucoup aimé les deux même si avec du recul je me rends compte qu’il manque beaucoup de choses essentielles dans le film 🙂

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