[Chronique] Horrorstör de Grady Hendrix

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Paru aux Editions Milan – 2015 – 240 pages

resumeIl se passe quelque chose d’étrange au magasin de meubles d’Orsk à Cleveland, en Ohio. Ces derniers temps, les employés découvrent, en arrivant le matin, des étagères Kjërring démontées, des piles de gobelets Glans renversées, des armoires Liripip fracassées. Les ventes sont en berne, les responsables de rayon en panique : les caméras de surveillance ne montrent rien d’anormal. Pour lever le mystère, une équipe de trois employés se retrouve engagée pour rester sur place toute une nuit. Au coeur de l’obscurité, ils arpentent les allées du showroom désert, courent après d’inquiétants bruits et finiront par se confronter aux pires horreurs.


 

selectionfrissonsVoilà un livre que j’ai acheté quasiment à sa sortie après avoir eu un énorme coup de coeur pour la couverture clairement parodique d’un catalogue IKEA. Je vous le soumets dans la sélection spéciale Halloween car il peut clairement y avoir sa place, même si, malheureusement, je suis ressortie un peu déçue de ma lecture. Explications.


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Horrorstor-1Le livre se présente comme un catalogue Ikea avec ses fiches produits mais nous présente également des extraits du manuel du parfait employé. Dès le départ on sent la « parodie » horrifique du célèbre magasin de meubles en kit mais ici il nous est plutôt présenté comme le parfait concurrent du suédois. Présenté donc comme un catalogue, il est très attrayant et la lecture est très facile, le livre se lit très rapidement. Les différentes illustrations de meubles évoluent au fil de l’histoire et de l’horreur qui s’installe ainsi, si vous faites les curieux en feuilletant le livre, n’allez pas trop loin. Rien à reprocher à la conception graphique de cet ouvrage, unique en son genre et parfaitement réussie. Nous plongeons de suite dans le monde marqueté d’Orsk et rencontrons les employés formatés.

Bienvenue dans le commerce, bienvenue dans le formatage des grandes chaines. Très réaliste une partie du roman nous relate la réalité du métier et du comportement hiérarchique dans les grandes chaines de magasins où on attend de l’employé d’épouser chacune des valeurs de l’enseigne et de ne vivre que pour ça, n’avoir d’autre ambition que la réussite, les chiffres du magasin et la satisfaction clients. Bienvenue dans ce tableau cynique et au combien réaliste de ce monde formaté que nous présente l’auteur. Mais notre personnage principal, Amy résiste à ce formatage. Plutôt fainéante et sans aucune motivation c’est plutôt en faisant la tête qu’elle se rend sur son lieu de travail. De plus elle semble vouer une haine certaine à son manager Basile, parfait employé modèle qui ne vit que pour Orsk, respire, mange Orsk. Toute sa vie est réglée en fonction du magasin et c’est l’employé qui respecte chaque consigne à la lettre sans jamais déroger aux règles du Dieu Orsk. Cette partie sarcastique et à peine caricaturale de l’ouvrage est parfaitement maîtrisée, réussie et entraînante, le ton cynique étant parfaitement employé.

Le récit commence sur une journée qui aurait du être ordinaire. Comme d’habitude notre « héroïne » n’a pas envie de travailler et vient parce qu’elle n’a pas d’autre choix. Seulement ce jour là tout semble dérailler. L’escalator fonctionne à l’envers, la pointeuse ne veut rien savoir et un canapé se retrouve souillé de matière…fécale. Rapidement Amy est convoquée dans le bureau de son manager. Persuadée qu’elle va être renvoyée, aveuglée par sa haine de son manager elle se laisser aller à une colère infantile et puérile. Mais en fait, Basile a choisi une mission toute particulière pour Amy et son adorable collègue Ruth Ann, mission qu’il partagera avec elles…Rester la nuit qui vient pour comprendre ce qu’il se passe et pourquoi depuis quelques temps des meubles sont détruits et le magasin mis sans dessus dessous. Surtout que le lendemain, les grands chefs débarquent pour une inspection annuelle…Motivée par l’argent, Amy accepte à contre coeur. Une chose est certaine elle ne s’attendait pas à vivre une nuit aussi incroyable.

Alors que le magasin aurait du être occupé du trio seulement, deux autres employés obsédés par la chasse aux fantômes occupent les lieux avec eux : Trinity cliché de la punkette allumeuse et manipulatrice surexcitée et Matt à qui au fond on ne peut rien reprocher d’autre que son envie de coucher avec Trinity. Ils découvrent rapidement, caché dans le magasin un homme mystérieux qui prétend être SDF et pensent alors avoir résolu le mystère…mais il n’en est rien. L’horreur ne met pas longtemps à s’installer mais manque malheureusement de cohérence avec le reste du récit. Les personnages sont plats ou caricaturaux à l’extrême, tout est flou, le rythme n’est pas juste et ça fait vite très « foutoir ». Certes cela contraste parfaitement avec l’organisation rigoureuse et stricte du magasin, mais ça ne prend pas, ça ne colle pas, ce n’est suffisamment approfondi ni assez crédible et on reste un peu en retrait de tout ce qu’il se passe. Il faut dire aussi qu’il est très difficile de s’attacher aux personnages, à l’exception peut être de Ruth Ann qui est présenté sous un jour plutôt correct.Les autres sont soit agaçants, soit obsessionnels, soit plats, soit clichés au possible. Ce qui manque donc à ce livre c’est de la cohérence. Le concept de départ est génial et il est évident que l’horreur aurait pu être plus en adéquation, plus approfondie. Les scènes ne sont pas légères pour autant, les personnages ne sont pas épargnés et rappelons que cela se passe dans un magasin à la surface immense et sans éclairage. Mais chaque concept horrifique n’est qu’effleuré, pas assez approfondi… quand tout s’emballe cela devient un peu « too much » et la fin est à mon sens à un niveau bien trop inférieur au reste du récit. Pas d’explications rationnelles, on en demande pas dans le fantastique mais un approfondissement de la réalité (pourquoi maintenant etc aurait été un atout non négligeable). Pas d’émotions, on n’en ressent pas dans de tels commerces…ça c’est réussi mais les événements sont trop flous, trop brouillons pour que l’on puisse ressentir vraiment de l’effroi.

La plume de l’auteur est adapté au roman et aux idées transmises. Parfaitement sarcastique Grady Hendrix n’y va pas de main morte pour critiquer le système, ses victimes et bourreaux et est très acerbe sur le fonctionnement trop bien huilé et formaté de ce genre de magasin. A plusieurs reprises des phrases feront écho à ceux qui ont déjà eu l’opportunité de travailler dans des chaines où l’employé se doit d’être formaté. En revanche sa plume se fait moins habile, plus confuse quand vient l’horreur et même si certains passages sont angoissants il y a trop de clichés et trop de « trous » dans le récit pour que cela tienne le lecteur sous tension.

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enbrefUn livre au concept de base génial et un récit parfaitement réussi en tant que vision cynique du commerce et du formatage des employés. Toutefois on regrettera le maque d’approfondissement des personnages qui sont trop plats ou trop clichés et un manque de cohésion entre les différentes parties du livre. Un grand bravo en revanche pour le travail graphique qui fait de ce livre un très bel objet, bravo pour les riches idées de « meubles » qui débutent chaque chapitre et évoluent en même temps que l’horreur qui, elle, n’est pas à la hauteur. MANOTE

14/20

A trop vouloir faire dans le cliché on s’y perd et le tout manque de cohésion.

Celle de mon homme : 14/20

Il attendait beaucoup plus de ce roman dont l’intrigue ne se montre pas à la hauteur du soin apporté au concept.

Photos par Gregory Dutein pour le blog BettieRose books

20 réflexions sur “[Chronique] Horrorstör de Grady Hendrix

  1. bon le livre ne m’attire pas. Par contre je relève la manière dont ton chéri a résumé le livre via les photos ! C’est très bien vu, le plan de montage, les outils, le sang sur le plan. Un bon complément à ta chronique ! Je ne sais pas si ce sera le cas de tous tes lecteurs mais moi j’aime beaucoup personnellement.

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  2. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #16 | BettieRose books

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