[Chronique] De si parfaites épouses de Lori Roy

couv21280553Paru aux Editions Le Masque – Rentrée littéraire 2015 – 311 pages

Merci à Netgalley et aux Editions de Masque pour cette lectureresume

Detroit, en 1958, à la fin du mois de juin. Dans le quartier ouvrier blanc d’Adler Avenue, l’atmosphère est pesante, l’air chargé de menaces. Les grandes usines où tous les hommes sont employés commencent à fermer et, plus inquiétant encore, des gens de couleur s’installent dans le quartier. Dans leurs maisons proprettes aux rideaux parfaitement tendus et aux pelouses bien entretenues, les femmes s’observent et se méfient. Les jours de paie, on a vu des femmes noires près de l’usine aguicher leurs maris en portant des tenues inappropriées. Dans Adler Avenue, il y a Julia qui doit veiller sur ses jumelles, son amie Grace, enceinte de huit mois, et leur voisine Malina, toujours impeccable, qui donne le ton des discussions et orchestre d’une main de maître la vente de charité de la paroisse de St Alban’s, et puis il y a Elisabeth, la jeune fille un peu attardée, qui vit avec son vieux père. Tous les jours, les hommes rentrent crasseux de l’usine, et tous les jours, leur épouses les attendent bien sagement à la maison. Mais un après-midi, Elisabeth disparaît. Alors que les hommes quadrillent le quartier dans l’espoir de la retrouver, la tension monte. Julia et Grace sont les dernières à avoir vu Elisabeth. Y a-t-il un lien avec le meurtre d’une jeune femme noire dans l’entrepôt à côté de l’usine ? Pour les parfaites épouses d’Adler Avenue, le mal a bien pris ses racines dans leur petit paradis.Un roman noir au suspense étouffant.MONAVISV2

Bienvenue à Alder Avenue, aux accents de Wisteria Lane mais en 1958 dans la ville de Detroit. Pendant que les hommes sont à l’usine, les femmes jouent leur rôle de parfaite épouse et femme d’intérieur sans oublier l’Eglise et les ventes de charité. Une femme Noire est retrouvée morte près des usines mais personne ne s’en préoccupe. En revanche quand une jeune femme de 21 ans, simple d’esprit, disparaît dans le quartier tout le monde s’organise pour des recherches et est en émoi. Depuis quelques temps la tranquillité du quartier est perturbé par l’installation de « gens de couleurs », ce qui n’est pas sans inquiéter nos parfaites épouses, qui vivant dans un contexte raciste et jettent de suite les soupçons sur ces hommes. A mesure que les recherches avancent, le vernis des illusions craquelle, les mensonges et dissimulations sortent du placard et les vérités explosent. Que vont devenir nos parfaites épouses incapables de voir plus loin que le bout de leur quartier et de changer leurs habitudes ?

La ségrégation, disons le clairement, les pensées racistes sont très présentes dans ce quartier et nous ressentons un certain malaise. Les Blancs ne veulent pas que les Noirs les approchent de trop près et les accusent de la moindre perturbation. Ce qui fait que ce roman est un véritable tableau social de la fin des années 50 où la situation des Noirs étaient encore très loin d’être idéale.

Le récit à 3 voix nous permet de nous plonger dans le quartier, de connaître les voisins et ce sont 3 points de vue très différents qui nous sont offerts par 3 femmes toutes aussi différentes. Nous avons Malina qui n’a que pour obsession de prouver son mari a une liaison, elle fait tout pour sauver les apparences de son ménage et se dévoue aux ventes de charité pour donner le change. Nous avons ensuite Grace, adorable femme enceinte toujours prête à aider son prochain et très amoureuse de son mari. Elle va se retrouver au cœur d’un drame qu’elle n’avouera pas, toujours pour ne pas écailler le vernis si parfait de son apparence et décevoir son mari. Enfin nous avons Julia, jeune femme brisée par la perte de son enfant dont le couple est à la dérive, elle a en garde régulièrement ses nièces, des jumelles espiègles et ayant tendance à mettre leur nez partout…La culpabilité ronge le couple de Julia et la vérité est pas loin d’exploser.

Mensonges, faux semblants, hypocrisie ambiante sont révélés au lecteur au fur et à mesure des recherches pour Elizabeth. L’intrigue tient sur une semaine, instillant un suspens un peu suffocant, et nous nous rendons vite compte des mensonges dissimulés dans les foyers à l’apparence si parfaite. On pourrait presque (et je dis bien presque) parler de huis clos puisque ces femmes ne sortent jamais de leur quartier et de leurs habitudes ce qui leur permet de conserver les illusions dont elles semblent si fière. La pression sociale est terrible. Nous sentons ces femmes enfermées dans leur quartier et prisonnières de leur vie maritale. Il est assez aisé de comparer nos épouses aux modernes Desperate Housewives mais version 1958. Elles aussi font tout pour donner la meilleure image possible de leur ménage, de leur vie, dans un contexte où la position de la femme est bien loin d’être idéale.

A l’aide mots justes et simples, d’un rythme doux mais régulier et d’une narration à 3 voix amenant à l’introspection, l’auteur nous fait une véritable oeuvre sociale dont le vernis se craquelle. J’ai eu, au départ, un peu de mal à me plonger dans la routine quotidienne de ces femmes, trouvant même que les personnages étaient un peu trop détachés du drame qui se jouaient mais petit à petit le rythme nous entraîne sur des pistes et l’auteur nous propose une révélation finale surprenante et émouvante, après avoir ménagé un grand suspens.

enbref

Quand la tranquillité d’un quartier est bouleversée par une inquiétante disparation, c’est tout le vernis des apparences qui craquelle chez nos parfaites épouses. Un roman noir au rythme doux et efficace, laissant apparaître les vérités qui dérangent. Porté par un trio de trois femmes bien différentes le récit devient une critique d’une société illusoire des années 50 où tout devait paraître parfait et nous ménage un suspens haletant jusqu’à la révélation finale, plutôt inattendue.

MANOTE

15/20

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13 réflexions sur “[Chronique] De si parfaites épouses de Lori Roy

  1. Hélas quand on voit ce qu’il se passe encore aux Etats-Unis et les dérapages de la Police… on se dit que malheureusement certains n’ont pas évolué depuis les années 50. C’est justement parce que ce livre a l’air de faire écho avec l’actualité, qu’il m’attire ! Bienvenue à lui dans ma PAL, et merci à toi pour la découverte 😉

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