[Chronique] Qui part à la chasse de Jérémy Bouquin

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Paru aux Editions Luciférines – Septembre 2015 – 171 pages

Livre lu grâce aux partenariats organisés sur Livraddict

resume

Maximilien Fortis est négociant. Sa spécialité ? Un produit de luxe : la viande humaine. Quand un gros client lui passe commande pour un mets d’exception, une famille nourrie au bio, végétarienne et élevée en plein air, Fortis se trouve face à un véritable défi. Il s’agit d’une espèce bien protégée. Comment contourner les lois anti-cannibalisme pour dénicher les victimes idéales ? Épaulé par un chasseur fou, il se lance dans une traque à hauts-risques.
Entre slasher et roman noir, Jérémy Bouquin livre un texte incisif dans un monde dégénéré où personne n’est à l’abri d’un prédateur.

 

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Quand j’ai vu ce titre dans les partenariats Livraddict, il m’a tout de suite attirée. Je vais vous raconter un peu ma vie là pour vous expliquer pourquoi : je suis végétalienne, ce qui fait que j’ai éliminé toute nourriture d’origine animale de ma consommation, et que bien évidement je suis contre toute forme de cruauté ou d’exploitation animale. Je me suis dit qu’ici, il était question de viande humaine, et que les anti-spécistes (comprenez que si vous défendez un chat mais acceptez l’abattage d’un poulet c’est du spécisme, c’est à dire que vous faites une différence entre les animaux, jugeant lequel a le droit de vivre ou non), pourraient y trouver un parallèle assez remarquable. Autre raison qui m’a poussée à lire ce livre, c’est mon coup de cœur pour le livre Le Corps Exquis de Poppy Z Brite qui sans détours, sans retenue ni tabous ou humour nous dévoile le quotidien de tueurs en séries cannibales…J’avais envie de voir une autre manière d’aborder le sujet du cannibalisme et c’est ce que propose ce livre.

Mr Fortis réussit sa vie en étant négociant de viande humaine. Il a son réseau, ses clients, ses fournisseurs et même son chasseur pour les proies plus « particulières ». Au début du roman, c’est sans aucun scrupule qu’il achète un lot de bébés congelés et Maximilien nous décrit sans scrupules non plus son penchant pour la viande humaine et les « meilleures pièces » de la bête. Sa vie se déroule plutôt tranquillement si ce n’est qu’il a parfois la garde de sa fille de 5 ans, ce qui l’ennuie au plus haut point. Fortis n’est pas le genre d’homme à s’attacher à ses semblables et en même temps vu son métier c’est très certainement préférable. Son quotidien de négociant « tranquille » se retrouve un peu secoué par une demande très particulière d’un gros client fortuné qui exige une viande élevée en pleine air, bio, si possible une famille de végétariens, voir de végétaliens, ce serait encore mieux pour l’anniversaire de sa fille…C’est alors qu’aidé de son chasseur redoutable Fortis va se mettre en quête de ces pièces rares…Et il n’est pas au bout de ses ennuis et péripéties…Je ne peux vous en dire plus, je préfère vous laisser découvrir tout cela.

Le personnage principal est finalement (et c’est surprenant) assez attachant et on se retrouve à vouloir qu’il se sorte de tout cela même si ses pratiques sont immorales. On se demande s’il a encore un peu de morale, d’humanité et d’empathie, tant il semble obsédé par l’argent que lui rapporte ses négociations. J’ai particulièrement aimé la scène où il visite l’élevage de Roger qui, pour moi, n’est pas sans rappeler l’hypocrisie des éleveurs « aimant » leurs bêtes mais n’hésitant pas un instant à les mutiler ou à les conduire à l’abattoir. Roger aime et prend soin de ses bêtes avant de les abattre et les transformer en viande, là où se fournissent les bouchers du métier. Les autres personnages de cet univers du commerce de viande humaine semblent tous déshumanisés et uniquement motivés par l’argent que permet de gagner ce traffic illégal, laissant toute empathie ou sentiment de côté, leur bétail est une machine à fric.

Ici, c’est un roman noir mais qui n’est en aucun cas dénué d’humour (ce n’est pas un livre humoristique on est bien d’accord) et de sarcasme. Bien sûr, la consommation de chaire humaine est jugée immorale (ou amorale…) mais cette « micro-société’ a quand même ses règles, surtout pour ce qui est de la chasse sauvage. La société « ordinaire » semble avoir tendance à fermer les yeux sur ce genre de pratique ou préfère ne pas savoir et se coller des œillères. Nous ne sommes pas dans le sanguinaire ni dans l’excès d’horreur. Si je reprends le cas du livre de Poppy Brite, il m’est arrivé d’avoir quelques hauts le cœur tellement les descriptions s’avéraient dérangeantes. Ici, l’humour et le sarcasme qui y sont mis allègent un peu l’ambiance sans pour autant nous plonger dans un univers aseptisé, bien au contraire. Le roman est court mais rythmé tout du long et nous nous surprenons donc à suivre la traque, l’auteur laissant suspens, angoisse et horreur s’installer progressivement.

Le style de l’auteur est incisif, rythmé, sans détour et parfaitement descriptif. Vous imaginez sans mal les scènes et il vous embarque avec lui dans un univers glauque sans jamais faire dans du gore inutile ou excessif, vous entrez dans ce monde malsain bien que le livre soit court. Les mots sont choisis avec justesse, peignant un tableau cannibaliste qu’on imagine sans mal pouvoir exister, là, quelque part caché tout près de nous et dont nous pourrions être la prochaine proie.

Petit point perso : bien sûr, moi, j’y ai vu un gros parallèle avec les élevages d’animaux. Vous n’y verrez peut être pas la même chose, c’est ma sensibilité de végétalienne qui parle ici. J’ai pu apprécier ce roman à la fois pour son histoire de thriller et d’horreur et à la fois pour l’écho qu’il a fait en moi pour des pratiques que je juge révoltante. N’y voyez aucun message militant de ma part (chacun ses choix de vie, je ne fais de leçon à personne), c’est juste que chroniquer un livre c’est aussi y mettre un peu de soi et dire ce que cela réveille en nous. 

enbref

Un roman qui va droit au but, sans détour ni hypocrisie dans le monde du cannibalisme contemporain. Une chasse humaine qui tourne vite à la catastrophe. Un thriller horrifique court mais efficace, une plume qui sculpte ambiance, personnage et contexte avec des mots parfaitement choisis, on sentirait presque l’odeur du sang. Du gore, du glauque, mais savamment dosé et une intrigue intelligemment menée où personne n’est épargné.

MANOTE

16/20

CITATIONS

Pour vous mettre dans l’ambiance de l’univers de Jeremy Bouquin, expliquant d’une part comment un éleveur voit ses « bêtes » et d’autre part les saveurs des mets pour un « cannibale » ou amateur de viande humaine.

« Pas trop de différence entre le cochon et l’humain. C’est quasiment pareil. »
Roger est fier de son élevage. J’ai droit à la visite à chaque fois.
« Tout est bon dans le couillon ! »

 

Imaginez, le doux goût sucré et fondant d’un foie d’adolescente sur son nid de purée crémeuse de pommes de terre nouvelles, un cervelet d’enfant vinaigrette assaisonné d’un poivre rare de Cayenne, un rôti Horlof d’un jogger, une rate au court-bouillon mariné, un poumon de nouveau-né braisé, un assortiment de tripes yougoslaves préparées dans du calvados…
J’en salive.

Merci à LIVRADDICT et aux éditions Luciférines. Livre lu dans le cadre des partenariats hebdomadaires proposés par le forum et site Livraddict. 

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4 réflexions sur “[Chronique] Qui part à la chasse de Jérémy Bouquin

  1. Pingback: C’est lundi, que lisez-vous ? #11 | BettieRose books

    • alors c’est vrai que le parallèle m’est sans doute personnel mais je n’ai pas pu m’empêcher de le voir.
      Sinon quelques « frissons » aussi dans ce livre donc ça peut te plaire…La traque laisse place au suspens et à l’horreur.

      J'aime

  2. Pingback: [Bilan lecture] Mois de septembre 2015 | BettieRose books

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